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mercredi, 06 juin 2018 06:00

Professeur Farid Kacha, psychiatre et hypno-thérapeute : «Il n’y a aucune raison de maintenir l’hypnose dans son utilisation irrationnelle»

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Reporters : Vous venez de publier aux éditions Casbah un plaisant livre sur l’hypnose. A sa lecture, on comprend, qu’outre les aspects historiques, scientifiques et pédagogiques qui y sont développés, il s’agit plutôt d’un plaidoyer pour l’hypno-thérapie Pourquoi cet éloge ? Et pourquoi maintenant ?

Farid Kacha : Deux raisons essentielles, la première, c’est que le monde vit depuis deux décennies un renouveau de l’utilisation de l’hypnose dans divers domaines et il s’ensuit une augmentation importante de la demande de formation. La seconde raison s’explique par l’extraordinaire progrès des moyens d’investigations radiologiques concernant le cerveau et le développement des neurosciences, grâce à l’IRM fonctionnelle, par exemple. Nous pouvons actuellement voir notre cerveau penser. Ce qui permet d’étudier ce qui se passe dans notre cerveau lors des différentes activités cérébrales, en particulier, au cours de l’état hypnotique.

C’est une technique négligée dans notre pays ?

Ce qui est paradoxal dans notre pays, c’est que les guérisseurs, qui ne savent rien de l’hypnose et encore moins de ses indications, l’utilisent partout alors que les médecins qui peuvent préciser l’origine des souffrances humaines et apporter une aide adaptée sans traumatisme ni recours à la magie, n’y prêtent pas l’attention nécessaire. C’est pourtant à eux que revient la «médicalisation de l’utilisation de cette technique».

Quel gain y a-t-il à recourir à l’hypnose? Celui de ne pas prescrire seulement ? D’atténuer la douleur ? Ou, plus généralement, celui d’une humanisation plus grande de la relation praticien-patient, médecin-souffrant ?

L’hypnose est un procédé thérapeutique comme toutes les techniques psychologiques, elle a ses indications et ses contre-indications. Ce n’est pas pour humaniser la relation médecin-malade, mais pour accompagner des individus en souffrance et pour améliorer l’état de personnes souffrant de troubles somatiques ou mentaux. Ce qui la rend attractive pour la population générale, c’est son utilisation par les amuseurs de foire et les exorcistes. Par ailleurs, son côté magique a longtemps contribué à la présenter comme une énigme.

Avez-vous réussi durant votre carrière à soigner des patients uniquement par le recours à l’hypnose dans votre «protocole thérapeutique» ?

Evidemment que nous avons utilisé l’hypnose pour soigner des personnes sans recours à d’autres thérapeutiques, d’autres fois, nous l’avons utilisé en association avec un traitement biologique. L’ouvrage propose des exemples cliniques que les lecteurs peuvent consulter.

L’hypnose est-elle utilisable dans tous les domaines de la médecine ? Est-elle une réponse à toutes les situations de pathologie ou de souffrance ?

Elle ne peut pas répondre à toutes les situations pathologiques. Aucun traitement psychologique ou biologique ne peut répondre à toutes les pathologies. On ne peut pas donner de l’insuline à toutes les souffrances somatiques et proposer une psychanalyse à toutes les souffrances psychologiques.
La prise en charge d’une souffrance doit impérativement être précédée par un travail de diagnostic, puis d’une réflexion sur les meilleurs soins à apporter à l’être souffrant en fonction de plusieurs paramètres, dont celui de la culture environnante, mais, également, celui des progrès de la science. Cela dit, l’angoisse humaine et la conscience de sa finitude poussent l’individu à une recherche désespérée de solutions à ses problèmes.

Dans votre livre, vous abordez également la question de la sophrologie. Hypnose et sophrologie sont-elles les deux faces de la même médaille ?

Oui, à la fin de l’ouvrage, nous avons consacré un petit chapitre à la sophrologie. Ceci pour dire que la sophrologie est partie de l’hypnose, mais elle ne peut être réduite à elle seule. Elle ne se propose pas comme un moyen thérapeutique, mais se consacre à l’étude des différents états de la conscience humaine et à comment y parvenir.

En opposition à «l’hypnose eriksonienne», moderne, vous évoquez «l’hypnose traditionnelle» par souci pédagogique, mais aussi comme si vous semblez trouver un intérêt thérapeutique à certaines pratiques hypnotiques utilisées chez nous. Question provocante : les talebs sont-ils, eux aussi, des psychothérapeutes ?

L’hypnose a été utilisée depuis la nuit des temps par ceux qui ont précédé les médecins et les psychologues. Elle a mis deux siècles pour sortir de son utilisation magique et pour rejoindre les techniques de soins psychologiques médicales, il n’y a aucune raison de la maintenir dans son utilisation irrationnelle. Les talebs qui ont été initiés à prendre en charge les angoisses humaines doivent avoir aujourd’hui une idée sur l’évolution des sciences et du monde pour éviter de passer à côté de troubles graves pouvant bénéficier de soins efficaces. L’évolution est une obligation, on ne peut évoluer dans les transports -avoir une voiture au lieu d’un cheval - dans la construction de sa maison, dans sa vie de tous les jours - eau courante et électricité - et rester au Moyen-âge lorsqu’il s’agit de sa santé et de sa souffrance. Les chamans, les exorcistes et les talebs ont été depuis des millénaires le seul recours à la souffrance des êtres humains, ils doivent être attentifs à l’évolution des soins sous peine de constituer un véritable danger pour la population.
Le propos que vous tenez sur la formation des psychothérapeutes, en général, et sur ceux susceptibles d’intégrer l’hypnose dans leur pratique médicale est poliment sévère. Il tend à montrer que ce corps soignant, celui des psychologues cliniciens, par exemple, évolue en deçà du niveau de spécialisation dont il a besoin pour bien soigner. Pourquoi cette situation et quelles en sont les conséquences ?
La formation des soignants est une question importante. Mais, vous savez, la formation est une nécessité pour chacun de nous, elle doit se faire à tous les niveaux d’une façon permanente toute la vie durant. Nous ne lisons pas assez et je pense que rien ne nous encourage à lire. Lorsqu’il s’agit de profession, où le risque vital est en jeu, ne pas s’informer c’est mettre en danger ceux que nous pensons aider. Ce qui semble manquer, c’est une administration consciente des enjeux de la formation. Etre responsable des programmes de formation et de leur application est une charge colossale dont on ne mesure pas l’importance pour notre avenir et celui du pays.

Mais il est tout de même étonnant de vous voir écrire que, même en psychiatrie, la formation à la psychothérapie, dont l’hypnose peut faire partie, est sujette à discussion. Vous dites de nos psychiatres qu’ils ont été préparés à une «clinique du signe» et sont dans la difficulté de passer au «ressenti, au latent, au subjectif et à la complexité qu’ils recèlent…» Qu’est-ce que cela veut dire ?

La formation des psychiatres jusqu’à ce jour se fait en trois années, alors qu’ailleurs, elle demande cinq années, voire six, dans certains pays. La loi exige qu’il y ait trois formateurs dont un de rang magistral. Nous avons accepté de former des spécialistes avec souvent un seul enseignant qui n’est pas de rang magistral. Ce sont ceux que nous formons de cette manière qui deviennent à leur tour des formateurs, et le cercle devient alors difficile à rompre. Les raisons à cette situation sont nombreuses et multifactorielles, ce problème mérite à lui seul un très long développement.

Quel avenir pour l’hypnothérapie dans notre système de soins ?

Nous souhaitons que chaque soignant soit formé à toutes les techniques de soins et qu’il choisisse pour chaque patient la technique la plus adaptée, la moins coûteuse et la plus efficace. C’est le but de notre modeste contribution.

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