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dimanche, 22 octobre 2017 06:00

entretien : Un regard renouvelé sur le nationalisme algérien : Malika Rahal, une historienne au coeur de l’UDMA

Écrit par Nordine Azzouz
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Reporters : Pour une première question, une provocation si vous le permettez : il y a quelques petites années, vous vous posiez la question suivante : «Comment faire l’histoire de l’Algérie indépendante ?»

Eh bien il semble que vous commencez à la faire cette histoire. Aborder le parcours de l’UDMA et la «décennie des partis politiques» durant la période coloniale, 1946-1956, c’est presque une manière d’inviter aussi à la comparaison avec ce qui est advenu de la vie politique après 1962 et la sécheresse qui la caractérise aujourd’hui… N’est-ce pas ?
Malika Rahal : Oui vous avez un peu raison, mais pas pour dire « c’était mieux avant ». Plutôt pour indiquer quelles sont les racines de la situation que le pays a connue après l’indépendance. Par exemple pour montrer comment la dureté du système colonial et la longueur de la guerre imposée par la France et par le général de Gaulle ont fait perdre une large part de la riche expérience politique des années 1940 et 1950. Pour une seconde raison aussi : pour montrer ce qu’a permis ce patient travail militant réalisé par tous les partis politiques (UDMA, MTLD et PCA) qui ont ajouté aux expériences associatives développées depuis les années 1930. La révolution s’est ensuite nourrie de l’expérience de ces hommes et femmes qui avaient l’habitude de s’organiser collectivement. Autrement dit, dans une situation apparemment désespérée, ce militantisme a payé.


La provocation est en vérité une boutade pour la recherche d’une confirmation : au-delà de votre travail d’historienne et de recherche sur l’UDMA et son époque, il semble bien que vous ayez une certaine admiration pour le foisonnement politique de ce temps de l’UDMA, de la sympathie pour cette formation dans laquelle des membres de votre famille ont par ailleurs milité… Oui ? Non ?
Je suis fascinée par le phénomène militant, et pas seulement à l’UDMA, mais aussi dans les autres partis de cette période. Comment peut-on être militant ou militante, alors que c’est un travail ingrat, difficile, coûteux en temps et en énergie, et où souvent on ne voit pas le fruit de notre engagement ? C’est vrai que j’admire les gens qui militent. Concernant l’UDMA, à dire vrai je partais moi aussi avec les stéréotypes négatifs qui s’appliquent à ce parti : nourrie, comme beaucoup, de nationalisme populiste, je trouvais que Ferhat Abbas et les udmistes manquaient de radicalité, je confondais l’UDMA avec les assimilationnistes... Mon but au départ n’était sûrement pas de leur « rendre justice », mais plutôt d’explorer. Et j’ai découvert avec un peu de surprise qu’il y avait à l’UDMA de vrais militants (et militantes) : des gens comme Ahmed Hadj Ali qui sillonnent le pays pour vendre le journal, des militants régionaux (parfois des notables, parfois des gens plus modestes) qui organisent régulièrement des réunions, des cours, de la formation pour les jeunes, voire qui participent à l’Association des Ulama. J’y ai en effet découvert des Rahal, comme Abdellatif Rahal, instituteur à l’époque et cadre de l’UDMA qui faisait partie de la mouvance contestataire des années 1950 dans le parti. Mais je pense qu’il ne faut pas confondre l’enthousiasme historien pour son objet de recherche et l’enthousiasme politique !


Restons dans le sujet proprement dit : vous commencez votre livre par l’affirmation que l’UDMA a bel et bien été un parti politique au sens plein du terme. La question ne fait-elle pas l’unanimité chez les historiens ? Où réside le problème ?
Le problème réside principalement dans le manque de recherche : jusqu’à mon travail, on connaissait bien Ferhat Abbas (grâce aux travaux de Zakya Daoud et Benjamin Stora par exemple), mais pas vraiment son parti. On connaissait aussi mieux le PPA-MTLD de Messali Hadj (notamment avec les travaux de Mohamed Harbi). On risquait donc de prendre pour argent comptant les impressions données par les militants du MTLD, et plusieurs collègues m’ont d’abord fait part de leur scepticisme : ils imaginaient l’UDMA comme un rassemblement de notables, discutant dans des salons. On pensait même qu’il ne pouvait y avoir de carte d’adhésion, que le parti se serait réduit à son journal.

 

L’aspect remarquable dans votre livre est de découvrir qu’à l’UDMA, il n’y avait pas que Ferhat Abbas. Derrière l’icône, il y avait d’autres cadres et d’autres militants qui ont véritablement fait l’histoire de cette formation et qui ont été très présents sur le terrain des luttes politiques de l’époque, Mahdad, Ahmed Francis, Boukort, Kessous, Kaid Ahmed, Mohamed Benahmed, Boutarene…
Absolument. Et encore, vous ne citez que les figures nationales, mais il y a toujours aussi les militants plus discrets. J’ai parlé d’Ahmed Hadj Ali, il y a aussi Mohamed Meziane à Tlemcen, Ahmed Benahmed (futur commandant Moussa) à Oran, Mohammed Benaourane à Orléansville, M’hamed Guermouche de Sebdou, Mahmoud Hakimi à Saint-Arnaud, Mohammed Bensalem à Laghouat, Ali Boumendjel et Taleb Amar à Alger, Mohand Areski à Sétif, Ali Benabdelmoumène à Constantine, Ahmed Benzadi à la fabrication du journal. Et puis il y a toutes les figures de l’Association des Ulama et qui sont aussi des figures de l’UDMA, Cheikh Zemmouchi ou Cheikh Abbas par exemple, car il ne faut pas oublier que le partage entre les deux organisations est exagéré dans les sources. La police par exemple range plus volontiers les plus arabophones et les plus religieux dans l’association des Ulama, les hommes qui portent costumes et cravates plus volontiers à l’UDMA, alors que la réalité est bien plus complexe. Il y a à l’UDMA des gens qui sont très religieux, mais peu arabisants faute d’avoir pu étudier l’arabe, des arabisants parfaits qui sont peu portés sur les choses religieuses. Et souvent, les militants du parti sont aussi les piliers de l’Association.


A bien suivre le cheminement des faits que vous restituez, on a l’impression que la grande figure du parti, c’était Ahmed Boumendjel qui allait davantage au charbon et ne craignait pas le choc. Boumendjel avait-il davantage le sens du contact du peuple que le leader Ferhat Abbas que certains de vos témoins, cités dans votre ouvrage, voyaient presque comme un baron ? Qui était Abbas au fond ?
Oui, je cite avec précaution ces militants qui évoquent leurs leaders, car les points de vue varient selon les lieux : il manque des enquêtes aussi fouillées que celles de j’ai réalisées à Oran et Constantine pour d’autres villes comme Sétif, Alger et le Sud par exemple. Effectivement, les militants ont une très grande affection pour Ahmed Boumendjel, le secrétaire général adjoint du parti. Ils lui attribuent toutes les qualités du militant engagé : la force et le courage physique, le verbe haut (Ferhat Abbas lui-même le compare à Danton), l’attention aux militants de terrain et la discipline. Plus tard, il fait partie du GPRA et joue un rôle important durant les négociations jusqu’à Evian, mais il donne du fil à retordre aux négociateurs français.
Quant à Ferhat Abbas, c’est une figure assez différente : il est connu à l’extérieur de l’Algérie. D’ailleurs, lorsqu’il se rallie au FLN en avril 1956, il apporte avec lui cette dimension internationale au point qu’on fait de lui le premier président du GPRA. Mais il sait aussi fonctionner avec les notables régionaux : alors que la politique du parti en direction des notables est abandonnée dans l’Algérois et l’Oranie, elle se maintient davantage dans le Constantinois, avec l’accord de Ferhat Abbas qui y voit une façon de gagner malgré le trucage électoral. Cette rondeur diplomatique de Ferhat Abbas en direction des notables, mais aussi en direction des autorités françaises, agace certains militants notamment les plus jeunes, même à Constantine. Mais elle assure la popularité du parti, et on retrouve de nombreux slogans populaires qui évoquent Abbas avec enthousiasme (comme celui-ci, recueilli à Nedroma : « Vive Abbas w hna labas »).


Qu’en est-il de cette autre grande figure de l’UDMA, le docteur Saâdane ?
Le Docteur Ahmed-Cherif Saâdane est né à Biskra en 1895, c’est un ancien communiste qui a fait ses études à Toulouse (France), avant de revenir et d’être élu avant la Seconde Guerre mondiale avec la Fédération des Élus du Docteur Bendjelloul. Il fait partie des hommes de la génération de Abbas qui le suivent dans l’aventure de l’UDMA. Souffrant d’une santé fragile, il meurt en 1948, et devient une figure du panthéon du parti. On l’évoque déjà comme un martyr, on publie sa photographie, on donne son nom à des cercles... Sa popularité dépasse d’ailleurs l’UDMA, et le fait qu’il ait une rue à Alger témoigne qu’à cette date, les différents partis partagent encore volontiers les références.


Que faisait une figure comme celle de Serge Michel à l’UDMA ou dans les cercles proches de l’UDMA ?
On ne s’attend pas à ce qu’une figure libertaire comme Serge Michel (1922-1997) se retrouve dans les rangs de l’UDMA. Anti-colonialiste, il quitte la France pour voyager, et arrive en Algérie où il rencontre des Udmistes (les frères Boumendjel, Ahmed Benzadi). Il travaille au journal La République algérienne où il signe notamment quelques caricatures remarquables. Dans son très beau livre, Nour le Voile, il raconte ces aventures, et la façon dont il s’est ensuite mis au service du FLN à Tunis durant la guerre et a été envoyé auprès de Patrice Lumumba dont il a été un proche conseiller. On le sent parfois agacé par Ferhat Abbas, mais le fait qu’il se sente à l’aise malgré tout à l’UDMA est révélateur du large spectre politique que le parti est susceptible d’attirer.


On découvre à travers votre travail de recherche que la formation de Ferhat Abbas était très surveillée par la police coloniale qui traquait ses moindres faits et gestes. N’est-ce pas curieux pour une force politique que le discours dominant a toujours considéré comme tiède vis-à-vis de l’émancipation de la tutelle coloniale ?
Oui, il ne faut pas oublier qu’en 1946, lors des élections législatives de juin, l’UDMA est le premier parti nationaliste à se présenter dans des élections nationales. Les partisans de Messali choisissent de ne pas se présenter (se sera l’inverse en octobre 1946). L’enthousiasme est très grand et déborde de l’UDMA avec des partisans de Messali, des communistes et des socialistes qui soutiennent les candidats du Manifeste. L’administration locale est paniquée devant une campagne électorale qui ne négligent aucun douar et aucun marché, et surtout qui s’adresse aux paysans et par seulement aux gens aisés des villes. Que ces leaders qui sortent de l’école française et émanent de la classe moyenne nouvelle exigent l’indépendance et condamne le colonialisme provoque des réactions violentes.


On est presque abasourdi à l’idée que l’UDMA, parti de notables, recrutait aussi – et avec succès - chez les « plébéiens » et dans les quartiers populaires. Celui d’El Hamri (Lamur) à Oran en est exemplaire, n’est-ce pas ?
Ce n’est pas le cas partout, mais le cas d’Oran est remarquable. Le parti fait des sacrifices immenses pour avoir un local à el Hamri, et les militants locaux de l’UDMA et du MTLD se ressemblent. Des Maâchou, Benahmed, Sebbagh, Sebaâ, sont né peu avant 1920, ils ont parfois fait partie du PPA, ils ont des amis au MTLD et se bagarrent sur le terrain parfois avec eux, parfois contre eux. La section d’Oran apparaît exceptionnelle, car plus populaire et plus militante que d’autres, mais il resterait à étudier d’autres localités pour vérifier si on peut généraliser à toute l’Oranie.


L’essentiel des sources sur lesquelles vous avez fondé votre travail provient de documents policiers, ce que vous appelez les « archives de surveillance ». Peut-on avoir une idée sur la quantité d’archives que vous avez consultées ? Pourquoi cette pauvreté de documents propres à l’UDMA ? C’est très curieux pour une formation dont les cadres étaient pour la plupart des lettrés…
Pour ce travail, j’espérais bien trouver les archives du parti, ou à défaut, des archives des militants. En réalité, les archives du parti sont introuvables : déposées au siège du parti, à l’actuelle Place des martyrs (dans un bâtiment partagé avec l’Association des Ulémas) elles ont probablement été détruites ou perquisitionnées au moment du ralliement en FLN en 1956. D’autres archives étaient sans doute disponibles au cabinet de Me Boumendjel et elles aussi ont dû être perquisitionnées. A défaut, il a fallu utiliser les archives coloniales : ce sont plus de cent cartons qui ont été dépouillés (en France, aux Archives nationales de Birkhadem), et des milliers de rapports lus dans les archives de surveillance, mais qu’il faut utiliser avec beaucoup de précaution. Pour les contrebalancer, j’ai utilisé la presse du parti (trois journaux : Égalité, La République algérienne et le journal arabophone Al Watan) et les entretiens avec les anciens militants que j’ai pu contacter. Très peu d’entre eux ont en fait gardé des archives, et les entretiens étaient souvent un peu secs. On a affaire ici à une mémoire vaincue : dans la rivalité avec le MTLD, c’est ce dernier qui l’a emporté. L’UDMA s’est ralliée au FLN, elle a donc disparu et il n’y a jamais eu d’association d’anciens pour en porter la mémoire. Par ailleurs, dans le contexte des stéréotypes négatifs véhiculés sur l’UDMA, peu d’anciens militants ont raconté leur histoire, ou s’en sont vantés depuis l’indépendance, contrairement à d’autres. On aboutit donc à une mémoire quelque peu desséchée.


Dans l’histoire des luttes de l’UDMA, un parti qui appelait à leur émancipation, il n’y a presque pas de traces de femmes. Pourquoi ? Qui était cette exception qu’on appelait Nour El Houda ?
Oui, il y a un gros décalage entre le discours sur l’émancipation des femmes, qui cite par exemple régulièrement les penseurs du Moyen-Orient comme Qasim Amin, et la faible présence des femmes. Il existait peut-être des femmes militantes ailleurs, mais pour ma part, je n’en ai identifié qu’à Oran, sous des pseudonymes, notamment cette fameuse Nour el-Houda. Elle appartenait à un groupe de lycéennes qui avaient adhéré à la Jeunesse de l’UDMA.
A Oran, le parti ne s’organisait pas comme ailleurs autour de cercles, un lieu toujours très masculin où l’on lisait le journal, jouait au domino et faisait des réunions politiques. Il y avait un local du parti, lieu plus volontiers mixte, et ces jeunes femmes se retrouvaient avec leurs camarades hommes pour préparer des textes, des manifestations, des représentations théâtrales. Ce pseudonyme, les femmes l’utilisent un peu pour se protéger de la répression policière (comme les hommes), mais aussi sans doute surtout pour protéger leur réputation à un moment où faire de la politique, comme le font Nour el Houda et ses camarades, parler en public, participer à des activités mixtes, c’est encore transgressif. Il m’a fallu un moment pour retrouver son vrai nom, Houaria Guenfoud.


Une autre découverte que nous faisons dans votre livre : il y avait une concurrence rude et musclée entre les acteurs du mouvement national : le PPA ne faisait pas de cadeau à l’UDMA. Il chahutait ses meetings et n’hésitait pas à « noyauter » comme dit un de vos témoins. Quelles étaient les limites de cette concurrence ? (Est-on arrivé par exemple à tabasser ou à tuer des udmistes ?)
C’est une des choses les plus fascinantes que cette compétition musclée entre nationalistes. Alors que les relations avec le PCA sont plutôt bonnes, les relations avec le MTLD sont celles de frères ennemis, et on en vient régulièrement aux mains dans les meetings. C’est souvent le MTLD qui cogne, mais parfois les militants de l’UDMA ne sont pas en reste et provoquent aussi la bagarre. A ma connaissance, il n’y a pas eu de tabassage en règle et moins encore d’assassinat, mais plutôt du chahut musclé de réunions publiques. L’affaire du noyautage remonte à avant la création des deux partis, lorsque les militants du PPA sont accusés par les partisans de Ferhat Abbas d’avoir noyauté l’Association des Amis du Manifeste et de la Liberté, créée durant la Seconde Guerre mondiale. Ils sont aussi accusés d’avoir mis en danger les militants en organisant les manifestations du 8-Mai 1945. Ce passé ainsi raconté met un frein à toutes les tentatives de rapprochement entre les deux organisations, et fait par exemple échouer une tentative de rassemblement nommée le Front pour le Respect des Libertés démocratiques créé, en 1951 et qui ne dure pas.


Il y a ce meeting que vous évoquez et au cours duquel Ahmed Boumendjel est apostrophé et chahuté par des hommes du PPA au prétexte qu’il doit s’adresser à son public en arabe – ce qu’il fait d’ailleurs avant d’utiliser le kabyle. C’était déjà un problème, la question de la langue et son instrumentation ? Le PPA utilisait surtout le français à cette époque pourtant…
La question de la langue est utilisée dans le cadre de cette rivalité, avec des militants du MTLD qui chahutent les orateurs UDMA lorsqu’ils parlent en français, comme si le même problème ne se posait pas dans leur propre parti. De même, on chahute Ferhat Abbas parce qu’il est marié à une Française, comme si Messali Hadj ne partageait pas lui aussi sa vie avec une Française ! C’est en fait le moment où le discours négatif sur l’UDMA — qui perdure jusqu’à aujourd’hui, parce que d’une certaine façon il a été victorieux — se construit, et on voit bien que c’est une construction militante, comme il y a tant dans les situations de multipartisme quand ont cherche à discréditer le rival. De l’autre côté, les udmistes ne sont pas en reste qui se moquent des militants du MTLD qu’ils qualifient de « chômeurs professionnels ».


Sur la relation qu’avait l’UDMA avec les autres forces politiques de ce temps-là, on remarque que l’Union des amis du Manifeste avait un rapport très dense avec les Oulémas. Pour quelle raison ?
L’UDMA et les Oulémas, dans certaines localités, c’est Hadj Moussa et Moussa el Hadj : la section du parti et le bureau des Oulémas sont souvent composés des mêmes personnes. Parfois, les piliers de médersas sont des militants de l’UDMA qui ne sont pas lettrés en arabe, parce qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’apprendre dans le contexte colonial, mais défendent l’idée que leurs enfants puissent, eux, étudier cette langue dont ils ont été privés.


Ce n’était pas le cas avec le PCA. Pourquoi ?
Les rapports avec le PCA ne sont pas mauvais, et souvent ils sont meilleurs qu’avec le MTLD. Si certains udmistes sont hostiles au communisme, d’autres en sont très proches, comme Allaoua Abbas, le neveu de Ferhat Abbas. Et par ailleurs, l’UDMA défend un programme de République algérienne démocratique et sociale, dans laquelle les Français d’Algérie pourront vivre s’ils le souhaitent. Dans la direction du parti, on ne souhaite pas couper les ponts avec les deux partis qui mobilisent dans les deux communautés (coloniale et colonisées), le PCA surtout, et dans une moindre mesure les socialistes. La seule formule qui conviendrait aux dirigeants de l’UDMA serait une large coalition qui, outre l’UDMA et le MTLD, comprendrait aussi ces deux partis. Les udmistes cherchent en effet à éviter le face-à-face avec le seul parti de Messali, qui réduirait l’audience à la seule population colonisée et soumettrait l’UDMA au fameux risque de noyautage. Cela dit, le projet de mobiliser aussi parmi les Français d’Algérie est un échec cuisant, car ils sont très peu nombreux à se sentir concernés par la perspective d’une République algérienne d’où les privilèges coloniaux seraient absents.


Une avant-dernière question sur ce qui, aujourd’hui, parait être une injustice : pourquoi se souvient-on de Ferhat Abbas ? Et pas assez de l’UDMA dont l’histoire est bourrée de parcours et de trajectoires de militants extrêmement intéressants à connaître ?
Je pense que c’est l’ensemble de cette décennie des partis politiques (1946-1956), et pas seulement l’UDMA, qui est mal connue. Ces expériences de partis sont considérées comme des échecs sur le chemin de l’indépendance, une indépendance qui passait nécessairement par la révolution. La guerre et le mouvement révolutionnaire ont naturellement fait de l’ombre à cette étape qui apparaissait de moindre importance, voire un temps perdu. On connaît mieux Ferhat Abbas pour ce qu’il a été avant et après l’UDMA, parce qu’il a eu une longue vie politique, parce qu’il a écrit, et qu’il a été une figure contestée aussi. On le connaît moins en chef de parti.


Une dernière question : Et si l’histoire de Ferhat Abbas depuis sa présidence du GPRA jusqu’à son déclassement politique dans l’Algérie de 62 devait être écrite, le feriez-vous ?
Pourquoi pas, même si la biographie de Ferhat Abbas par Benjamin Stora et Zakya Daoud, et celle de Hamid Abdelkader donnent des pistes. Mais il y a tellement de choses à écrire, et nous, les historiens, ne sommes pas très nombreux. Pour le moment je prépare d’autres choses, notamment un livre sur l’année 1962, et un autre sur d’autres militants, ceux du PAGS après l’indépendance.

Lu 4074 fois Dernière modification le samedi, 21 octobre 2017 23:32

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