Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
jeudi, 12 juillet 2018 06:00

Jours d’été à Collo : L’hôtel Bougaroun, Zennir, Gati et puis rien !

Écrit par Hamid Bellagha
Évaluer cet élément
(0 Votes)

Il est à peine 8H du matin et la plage de la baie des Jeunes filles affiche complet. Le brouhaha des estivants se mélange avec le bruit du roulis des vagues. Un contraste avec le calme et la quiétude des journées précédentes. « Tous les vendredis, c’est la même chose. Des dizaines de voitures, de bus, et de fourgonnettes déversent des milliers de vacanciers d’un jour.

Nous avons de la peine à gérer tout ce monde qui veut tout, tout de suite, et sans frais », nous dira Billel, un plagiste saisonnier à l’hôtel Bougaroun. Il nous laisse pour s’en aller chasser des jeunes qui voulaient installer leurs parasols et leur… match de foot sur l’emplacement réservé aux clients de l’hôtel.

Le directeur de l’hôtel, Laoufi Djamel, même s’il est content de l’afflux des juilletistes, reste quand même prudent. « Avec le week-end prolongé du 5-Juillet, nous avons enregistré la location de 35 chambres, mais dès samedi, cela va retomber. »


Affluence timide
Laoufi nous expliquera que ce phénomène de rareté des clients est omniprésent depuis que le Ramadhan s’est invité en été. « Le Ramadhan, puis l’attente des résultats des examens, essentiellement le bac, font que le mois de juin n’est pas rentable du tout et que le mois de juillet ne vaut que par ses week-ends. Il faut attendre le mois d’août pour que Bougaroun retrouve une clientèle importante. » Il faut donc attendre le dernier mois de l’été pour que l’hôtel Bougaroun affiche complet pour ses 71 chambres et suites. Pourtant situé à un emplacement privilégié, l’hôtel Bougaroun, un établissement étatique classé trois étoiles, inauguré en 1982 par le regretté Abdelmadjid Allahoum, a connu de meilleurs jours. Ils seront ternis par la décennie noire et… le Ramadhan. Avec presque pas de concurrent, l’hôtel « va reprendre des couleurs dès cet été », nous promet Laoufi Djamel, des idées plein la tête.
Sur la même corniche, trois résidences pour estivants ont été érigées depuis un peu plus de vingt ans. Les trois frères Gati ont décidé de rentrer d’une longue émigration pour investir dans le tourisme, et dans leur ville de toujours. Et la réussite était au rendez-vous. D’un prix abordables, les appartements résidences attirent beaucoup de monde.


Sardines en sauce
« Cela fait presque dix ans que je débarque avec ma smala, nous dira un sexagénaire d’El Biar. J’ai découvert Collo par la narration d’un ami de Constantine. J’ai tenté le coup, ça m’a emballé, et chaque année, je suis au rendez-vous.» Notre interlocuteur nous parlera aussi des prix pratiqués, les brochettes à 30 DA, le pain à 10, des menus complet à 500 DA et le merlan et la daurade entre 400 et 500 dinars. «C’est nettement moins cher qu’à la capitale et dans d’autres villes de l’intérieur. Des prix qu’on ne trouve même pas en hiver ». Et d’ajouter : «La sardine, la colliote, la plus belle et la meilleue d’Algérie. Si on m’avait dit il y a quelques années que je viendrai faire la chaîne pour déguster de la sardine en sauce à 8H du matin, j’aurai rigolé. Et pourtant, je le fais, et je crois que je deviens un véritable autochtone.» Pourtant le problème de la bouffe a failli faire fuir les juilletistes et aoutiens il y a quelques années. Les Colliotes, qui aiment bien l’argent des vacanciers, mais pas les désagréments que la foule peut engendrer, baissaient pavillon dès 20H, pour les rares restos et commerces qui activaient. Et le vendredi, jour de grande affluence, c’était tout le temps férié ! Cela se traduisait souvent par des gargouillis de l’estomac pour les vacanciers qui espéraient, après 20H, s’attabler à un resto ou faire des emplettes pour le dîner. Néanmoins, depuis quatre ans, des jeunes de Constantine sont venus louer des restos pour la saison estivale et c’est ainsi que le houmoss constantinois s’est retrouvé aux côtés du la sardine colliote et des pizzas et feuilletés skikdis. Et de Skikda, les natifs de la presqu’île de Collo, n’en veulent pas parler. « On étouffe, et notre bourreau est notre propre tutelle. La wilaya de Skikda fait tout pour nous asphyxier. La même chose avec Chetaibi pour Annaba. Il n’y a aucun investissement, et les usines qui faisaient la fierté de la région, celle du liège et de la sardine, ont été fermées depuis longtemps. Le chômage est à un fort taux et nos fellahs, découragés, ne font plus que dans l’informel. Résultat, notre pomme de terre provient de la wilaya de Constantine, par exemple. Nous avons fait des démarches pour que nous revenions dans le giron de la wilaya de Constantine, comme par le passé, ou que Collo devienne au-moins une wilaya déléguée, mais on attend toujours, » nous dira un élu à l’APC de Collo, sous la bannière FLN. La baie des Jeunes filles commence à se vider. D’ailleurs, si la baie est toujours là, les jeunes filles, il y en a de moins en moins. Conservateurs jusqu’au bout des ongles, les vieux Colliotes ! Qu’importe, c’est l’heure d’aller chez Zennir, l’autre attraction de Collo. « La presqu’île », c’est Collo, bien sûr, mais c’est aussi le nom du plus célèbre resto de la wilaya de Skikda. A l’entrée une odeur de soupe de poissons vous accueille en même temps que le sourire de Rabah Zennir, le gérant et fils du fameux cuisinier Ahcène Zennir. Ce dernier, du haut de ses 77 ans, et de son calot blanc immaculé, quitte aussi ses fourneaux pour recevoir ses clients. « La presqu’île a été sans doute le seul lieu où les amoureux du bon poisson, bravant les interdits de la décennie noire à Collo, s’y rendait. Zennir Ahcène, lui, a commencé à tâter les ustensiles de cuisine en 1956, à Collo même, chez un restaurateur kabyle d’Alger. Il travaillera aussi pour son patron à Alger. Son destin basculera quand le plus célèbre des Colliotes lui fera appel. C’était Abderrezak Bouhara, qui venait d’être nommé ambassadeur à Hanoi, en proie encore aux bombardements américains, et qui voulait avoir un cuisinier du terroir dans son aventure au Vietnam. Bouhara et Zennir y resteront quatre ans. Ce dernier se familiarisera avec la cuisine de l’extrême Orient, et surtout ses épices, et reviendra à Collo pour ouvrir son propre restaurant. La légende de Zennir Ahcène, de son poisson et surtout de son riz vietnamien était née et dépassera les frontières de la wilaya, à tel point que celui qui n’aura pas goûté à la cuisine, et au riz de Zennir, aura raté son séjour colliote. Un séjour qui ne serait pas exhaustif aussi sans une visite à Tamanart, avec sa plage de sable blanc, féérique, située à une dizaine de kilomètres de la daïra de Collo. Une petite bourgade qui a souffert des affres du terrorisme, où tout a été brulé, forêts et maisons, à tel point que la zone n’a pas reçu de visiteurs, les habitants ayant fui, pendant plus de sept ans.


Le supplice de Tamanart
Avec une nouvelle route plus spacieuse, et moins dangereuse à tout point de vue, Tamanart redécouvre les joies de la mer, avec le retour de ses habitants et des touristes. Mais ces derniers risquent de ne pas faire long feu pour deux raisons.
La première est la saleté repoussante qui vous accueille dès l’entrée de la petite bourgade. Des immondices s’accumulent à tous les coins de l’unique rue de Tamanart, sous l’œil indifférent des riverains.
La rivière qui traversait la forêt et se frayait un chemin vers la fameuse plage de Tamanart, charrie plus de déchets que d’eau. Le second repoussoir est l’imposition de prendre une tente chez les plagistes, et vous ne pouvez pas faire autrement, les tentes occupent toute la bande en bord de mer. En plus, il faudra vous acquitter d’un droit de parking sur un terre-plein accidenté tenu par des jeunes à la mine patibulaire. Pourtant, à la baie des Jeunes filles, la directive de Bédoui concernant la gratuité des plages est appliquée dans toute sa rigueur. Mais pas quelques encablures plus loin.
Collo, qui ressuscite de ses cendres, est en passe de devenir une attraction majeure dans la région. Prisée uniquement par les Constantinois dans les années 1960 et 70, la presqu’île a attiré peu à peu, grâce à ses atouts touristiques et l’absence de cupidité de ses habitants, des estivants d’autres wilayas.
Sétifiens, Bordjiens, Biskris, Mileviens et Algérois, pour ne citer que ceux-là, se sont essayés à Collo, y sont restés et reviendront. L’hôtel Bougaroun, les résidences Gati et l’hébergement chez l’habitant risquent de ne plus suffire. La solution serait peut-être, comme nous l’a soufflé l’élu cité plus haut, un autre statut pour l’antique Chullu…

Laissez un commentaire