Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
jeudi, 05 avril 2018 06:00

Chronique des 2Rives : Mère de la nation, la voix de Winnie Mandela résonnera toujours en Afrique du Sud

Écrit par Abdelmadjid KAOUAH
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Winnie Mandela vient de nous quitter sans crier gare. Celle dont le prénom africain, en langue xhosa, Noomzamo, voulait dire épreuve. On la croyait immortelle. La rebelle. L’icône de la lutte anti-Apartheid ne trahissait pas son âge. Aux côtés de son ancien mari, le légendaire Mandela, elle paraîssait porteuse de force et d’énergie, lui, après des décennies de bagne, trahissait une apparente vulnérabilité.
A eux deux, avant que la calomnie, les calculs, les envieux et les appareils ne les séparent, ils formaient une formidable équation de liberté et de fougue.* Ici même, comme un pressentiment - car nul n’est éternel, y compris les héros -, nous avions, récemment, rendu hommage de son vivant à Winnie l’indomptable (Reporters n° 1551 –30/11/ 2017). Nous reprenons les grandes lignes du portait que nous en tracions. Là où ils sont, Winnie et Nelson ont dû se réconcilier et revivifier la passion qui les rassemblait. Ne disait-elle pas que Mandela était une part de son âme. Ils sont tous deux maintenant rentrés à la fois dans l’histoire et la légende.
L’histoire peut être aussi implacable. Robert Mugabe, une figure de proue de la lutte contre l’Apartheid dans l’ancienne Rhodésie, est sorti à 93 ans, par la petite porte de l’histoire. Cela faisait une trentaine d’années qu’il présidait aux destinées du Zimbabwe. Ce n’est pas nouveau, mais il y a des exceptions à la règle, pour ainsi dire. C’est le cas de Nelson Mandela. Après avoir mis sur les rails une nouvelle Afrique du Sud, il s’est sagement retiré du pouvoir. Son aura aurait pu le conduire à s’incruster. Il n’a pas cédé aux vertiges du pouvoir.

Un cœur indompté
Récemment, Winnie Mandela, son ancienne compagne durant une quarantaine d’années – et qui n’a jamais eu sa langue dans la poche -, dans un entretien dans un hebdomadaire, ne cachait pas son amertume quant à l’état actuel de l’Afrique du Sud post-Mandela. Elle fustige avec vivacité la corruption et s’interroge sur le bien-fondé dans la réalité de « la nation Arc-en-ciel » qu’elle qualifie de « mythe total »…
Winnie Mandela, porte toujours le nom de son ancien époux. Elle a souvent défrayé la chronique. Par ses déclarations incisives, son passé politique prestigieux, certes, écorné vers la fin par ses déboires avec la justice. Elle continue à être nommée affectueusement par nombre de Sud-Africains «la mère de la nation». Au soir de la vie de Mandela, elle n’a pas manqué de marquer sa présence et son apport à la lutte contre l’Apartheid. Femme de caractère, elle reste aussi frontale et radicale qu’elle le fut dans sa jeunesse. Quitte à égratigner sa formation politique d’origine - l’ANC -, dont elle reste cependant membre de l’instance dirigeante, et nuancer l’ampleur du combat de Nelson Mandela. Propos de circonstance dénotant d’une subjectivité blessée ou de critiques politiques motivées par les limites objectives de «la nation Arc-en-ciel» fondée par Madiba ? Figure emblématique, elle fut, certes, adulée puis objet d’une certaine détestation. Elle a traîné des affaires de justice déconcertantes. Son procès à cause de dérives de sa garde rapprochée, en 1992, mis fin en 1996 au couple légendaire qu’elle formait avec Mandela. Divorce à plus d’un titre. C’est une vraie rupture avec la ligne politique de Mandela. Winnie ne figurait pas dans le testament de Mandela.

Compagne de légende et militante exigeante
Entre Nelson et Winnie Mandela, il y eut une belle histoire d’amour. Mais son dénouement fut pour le moins pathétique. On dit que les révolutions dévorent leurs enfants. Faudrait-on y ajouter : même leurs histoires d’amour ? Winnie ne craint pas de lui reprocher tout haut d’avoir trop cédé aux intérêts des Blancs : « Mandela et moi avons eu de nombreux désaccords. Dès le départ, lui et ses proches ont commis des erreurs dans les négociations avec le pouvoir blanc, dont nous payons aujourd’hui le prix. Par exemple, le problème des terres. Au nom de quoi devrions-nous payer pour racheter ce qui nous a été arraché par la force ? Et avec quel argent ? Le capital reste entre les mains de la minorité blanche. Rien n’a changé. Autre erreur, l’élection du Parlement au scrutin proportionnel, dans l’unique but de garantir une représentation à cette même minorité. C’est un système pervers qui ne permet pas au peuple de contrôler ses élus, mais qui permet à ces derniers d’agir en toute impunité. Nous devons changer la Constitution » (Jeune Afrique, 25/09/2017). Elle est aussi intraitable avec le bilan de ses successeurs. Winnie et Mandela, ce fut pendant longtemps un couple de légende, soudé par un idéal politique. Winnie Madikizela Mandela rappelle quelques pages de son apport personnel à la légende de son ancien compagnon de vie et de lutte. Son livre «Un cœur indompté» sonne comme une réplique à ceux qui l’ont disqualifiée du champ politique. En fait, l’ouvrage donne à lire son journal de prison des années 1969-70 resté inédit.

Une part de l’âme
Winnie Mandela avait déjà livré un témoignage sur son parcours sous le titre «Une part de mon âme», édité par Anne Benjamin, avec la collaboration de Mary Benson, (éditions du Seuil, 1986.) La jeune assistante sociale, qui avait rencontré son futur mari dans un tribunal, confiait déjà : «Je n’ai jamais eu d’idylle frivole avec lui ; Il n’y a jamais eu de temps pour ça». Une fois arrêté, c’est Winnie qui reprendra le flambeau politique. Elle est à son tour frappée de bannissement et placée sous la surveillance permanente de la police : interdiction de rencontrer plus d’une personne à la fois, interdiction d’assister à la moindre réunion publique, de se déplacer sans autorisation…Très tôt, Winnie Mandela a appris à se méfier des manuels tendancieux rédigés par des Blancs. C’est son père, professeur d’histoire, qui l’a initiée et aidée à voir plus clair. Enfant, elle connaît très tôt l’humiliation et se confronte à la suprématie imposée des Blancs. : «J’ai, donc, eu très tôt conscience que les Blancs se croyaient supérieurs à nous. Et je voyais comme mon père paraissait minable comparé aux instituteurs blancs. Cela blesse votre orgueil d’enfant. Vous vous dites : s’ils ont perdu ces neuf guerres xhosas, je suis des leurs, je recommencerai là où ces Xhosas ont abandonné et je reprendrai mon pays.» Au lycée, c’est la rencontre avec l’organisation politique « Société de la Jeune Afrique». Mais ses véritables liens avec les masses auront lieu à la faveur de «la campagne de défi», en 1952.

Une jeune assistante sociale à l’assaut du ciel
En arrivant à Johannesburg pour suivre des études d’assistante sociale, elle découvre alors dans la pension où elle réside mots d’ordre et publications de l’African National Congress. Aux côtés d’Adelaïde Tsukudu, infirmière, future épouse d’Oliver Tambo (l’une des figures de proue de la lutte anti-Apartheid qui présida l’ANC en exil durant trente ans, décédé en 1991), elle assiste à d’importantes réunions politiques, fait son apprentissage militant en se rapprochant de l’ANC. A dix-neuf ans, Winnie, assistante sociale fait preuve d’une haute conscience sociale. Nelson Mandela avait accumulé une vaste expérience. Avec d’autres jeunes nationalistes, il avait fondé une «ligue» pour galvaniser le mouvement contre l’Apartheid. Après «la campagne de défi», il est arrêté et condamné par la suite à la relégation. Il passe son droit et ouvre avec Oliver Tambo un cabinet juridique pour prendre la défense de ses compatriotes. Quand Winnie rencontre Mandela, ce dernier était entièrement absorbé par le combat anti-Apartheid. Rencontre rapide. Une idylle classique n’avait pas sa place alors. «Même à ce stade, la vie avec lui était une vie sans lui», précise Winnie. Le mariage intervient en pleine préparation de la défense du procès dit de «la trahison». En 1955, s’était tenu un «Congrès du peuple» qui adopta une Charte de la liberté dont le préambule énonçait : «L’Afrique du Sud appartient à tous ceux, Noirs et Blancs, qui y vivent». C’était assez suffisant pour que les tenants de l’Apartheid y voient la main de la subversion internationale. En 1960, proclamée par les Nations unies «Année de l’Afrique», c’est le massacre de Sharpeville. La police a tiré sur une foule protestant contre la loi infâme des laissez-passer. Mandela est de nouveau accusé. Il est mis hors la loi. Il entre dans la clandestinité. Winnie vit avec lui les affres de cette situation : «J’attendais l’aube, le moment sacré, où il frapperait au carreau de la fenêtre.»
Mandela quitte clandestinement le pays pour porter à l’étranger la voix de son peuple. A son retour, il est capturé. C’est la condamnation à perpétuité, en avril 1964, et la déportation à l’île-bagne Robben Island. «Une partie de mon âme s’en est allée avec lui», dira Winnie. Elle lui rendra visite dans des conditions draconiennes. Mais, dit-elle, «aller là-bas, c’est éprouver une extraordinaire sensation. C’est comme recharger ses batteries».
Elle se retrouve seule et doit continuer le combat. Prison, bannissement, persécution ne viendront pas à bout de celle dont le prénom africain en langue xhosa, Noomzamo, veut dire épreuve ! Winnie Mandela était récemment très courtisée par les aspirants à la magistrature suprême de l’Afrique du Sud. Et l’épreuve pour son parti, l’ANC, sera de tenir son congrès en décembre prochain afin de désigner son champion pour l’élection présidentielle de 2019. La voix de Winnie Mandela, à 81 ans, résonnera toujours en Afrique du Sud, et au-delà, de par le monde.

* Le documentaire : « Afrique du Sud : vers la fin de l’ANC ? », diffusé sur Arte, rend justice, témoignages à l’appui, à Winnie Mandela sur les prétendus crimes qu’elle aurait commis et qui lui ont valu d’être poursuivie et humiliée par les revanchards de l’Apartheid et les ambitieux de son propre parti…
Lu 419 fois Dernière modification le mardi, 08 mai 2018 15:50

Laissez un commentaire