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lundi, 12 mars 2018 06:00

Colombie Des législatives pour intégrer l’ex-guérilla des Farc

Écrit par Anis Remane
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La Colombie a voté, hier dimanche, pour des législatives où la droite opposée à l’accord de paix avec les Farc part favorite, mais où les ex-guérilleros participent aussi, pour la première fois après plus de 50 ans de conflit armé.

Le président Juan Manuel Santos a qualifié cette journée électorale d’« historique ». « Ces élections sont très spéciales. C’est la première fois, en plus d’un demi-siècle, que les Farc, au lieu de saboter les élections y participent », a déclaré M. Santos, ajoutant que l’ELN  « a jusqu’à maintenant respecté » la trêve annoncée jusqu’à mardi.
L’accord de paix qu’il a signé en novembre 2016 avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) garantit 10 des 280 sièges du prochain Congrès à l’ancienne guérilla marxiste, devenue la Force alternative révolutionnaire commune, sous le même acronyme. Mais le nouveau parti à la rose rouge s’est retiré de la course à la présidence : son chef et candidat Rodrigo Londoño, alias Timochenko, 59 ans, ayant subi un pontage coronarien mercredi dernier suite à un infarctus. Crédité de seulement 1% d’opinions favorables, il est bon dernier dans les sondages.
Dans un pays où l’abstention flirte avec les 60% et où la gauche est divisée, la droite dure pourrait remporter la majorité absolue au Parlement et peser sur la prochaine présidentielle.
Plus de 36 millions d’électeurs ont été appelés à élire leurs députés et sénateurs parmi quelque 2 700 candidats, à l’issue d’une campagne marquée par des violences contre les Farc, qui a annulé tout meeting public. Sa participation au scrutin législatif fait figure de véritable test d’intégration dans le jeu électoral et politique colombien face à des forces de droite hostiles et qui, emmenées par le sénateur et ex-président Alvaro Uribe, devraient tenir le devant de la scène.
Les sondages prédisent un triomphe législatif d’Uribe et de son parti, le Centre démocratique (CD), ainsi que d’autres mouvements opposés à l’accord de paix qui a polarisé le pays. Bien qu’elle l’ait promis, la droite pourra difficilement jeter aux orties ce texte, dont un point majeur, le désarmement des 7 000 guérilleros des Farc, est effectif. Mais elle pourrait bloquer la mise en œuvre du reste du pacte, dont la réforme agraire et la justice spéciale de paix. Les ex-rebelles doivent avouer leurs crimes, dédommager les victimes, et les repentis pourront bénéficier de peines alternatives à la prison, ce qu’elle rejette. «Le seul fait de ne pas appliquer ce qui a été signé serait suffisant pour que cet accord reste sans effet», a déclaré à l’AFP l’expert du conflit et du processus de paix colombiens, Frédéric Massé, de l’université Externado. La droite pourrait aussi remporter la présidence, prévue les 27 mai et 17 juin, et retarder les pourparlers de paix avec l’Armée de libération nationale (ELN, guévariste).
Les négociations ont été gelées en février par le gouvernement suite à des attentats meurtriers de cette guérilla d’environ 1 500 combattants. Le président Santos, au pouvoir depuis 2010 et qui le quittera le 7 août, entendait parvenir à une « paix complète » en signant avec l’ELN. Il ne peut légalement se représenter après deux mandats et sa majorité de centre-droit s’est délitée au fil de scandales de corruption. Hier dimanche, ont eu lieu également les primaires des deux grandes tendances pour désigner leurs candidats à la présidentielle.
À droite, le sénateur Ivan Duque (CD), est favori. À gauche, Gustavo Petro, ancien maire de Bogota et ex-guérillero du M-19 dissout, devrait s’imposer. Avec le centriste Sergio Fajardo, ancien maire de Medellin, deuxième ville du pays, ils sont en tête des sondages.
Si Ivan Duque est élu, il aura l’appui du Parlement, mais sa majorité devra accepter d’y croiser d’ex-rebelles qui ont mis le pays à feu et à sang depuis les années 1960. Si Gustavo Petro l’emporte, il deviendra le premier ex-guérillero à diriger le pays et le premier président de gauche de l’histoire de la Colombie. Mais avec le handicap d’un Congrès dominé par la droite. 

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