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mercredi, 15 novembre 2017 06:00

Amérique latine De la Turquie à l’Argentine, le parcours singulier de l’imam Salih Spécial

Écrit par Alejandro Russenberger
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En Amérique latine, comme dans une grande partie du monde, la société est régie à travers les bases d’une religion déterminée historiquement. De ce côté-là du globe, le catholicisme reste la religion comptant le plus d’adeptes même si chaque année d’autres religions et croyances gagnent de plus en plus de terrain, notamment la religion musulmane, dans la société latino-américaine.

Salih Yesilyurt, né en Turquie et aujourd’hui imam d’une des mosquées de la ville de Cordoba, en Argentine, nous fait part de son histoire et son expérience en tant que musulman et immigré dans une ville qui compte chaque année un peu plus de convertis à l’Islam.

C’était un dimanche de grande chaleur. Midi passé, nous avons pris le bus qui nous a déposés à quelques mètres de la mosquée. On a commencé à marcher dans sa direction, tout en la voyant apparaître au loin entre les maisons et les appartements. La forme caractéristique de ses murs et le toit la faisaient briller.
Comme nous l’imaginions, la mosquée était fermée. Un portail nous séparait de l’immense porte d’entrée. Sans douter, nous sonnons. Très aimable, Salih nous a demandé notre identité et ce que nous voulons.
En lui racontant notre idée de parler avec lui et de connaître son histoire de vie, il nous a ouvert les portes de la mosquée et nous a présenté les lieux. Ce jour-là, Salih était occupé, il nous a donc donné rendez-vous un autre jour. Bien sûr que nous avons accepté, même si cet après-midi-là nous sommes finalement restés pour discuter – ou plutôt écouter avec attention – un peu plus d’une heure.


Son arrivée en Argentine
Quelques jours plus tard, de retour à la mosquée, nous réalisons l’entretien. En arrivant sur les lieux, la femme de Salih et ses deux enfants étaient en train de jouer dans la cour. Elle nous a reconnu rapidement et nous a laissé passer. Salih avait préparé une salle pour notre rencontre et sur la table centrale divers livres étaient posés à notre disposition, dont le Coran qui sortait du lot. On l’a attendu quelques minutes et il est arrivé avec trois tasses de thé chaud et délicieux. Après avoir parlé pendant un moment de divers thèmes, nous commençons à enregistrer. La première chose que nous voulions savoir est son parcours : quand est-il arrivé et pourquoi a-t-il décidé de venir ici. Il a fallu qu’il réfléchisse un instant pour confirmer que cela fait bien huit ans qu’il s’est installé en Argentine. «J’ai étudié à l’université en Egypte entre 2008 et 2012. Quand j’ai terminé ma formation, ils m’ont invité en Argentine pour donner des cours d’arabe et de programmes religieux. En 2009, je suis arrivé à Buenos Aires et, ensuite, en 2014, je suis venu avec ma famille vers fin avril à Córdoba», a-t-il commenté. Salih a étudié la théologie en Egypte, la raison pour laquelle il s’est rendu en Argentine. Quelques années plus tard, et grâce à ses études, l’opportunité de se rendre à Córdoba s’est présentée. «Ils m’ont contacté par l’intermédiaire d’une connaissance qui a dit qu’il y avait une mosquée qui était fermée depuis trois ans, et de là j’ai eu la possibilité de travailler là-bas car personne ne le faisait», assure l’imam.


S’adapter à une nouvelle culture
En ce qui concerne son arrivée, Salih raconte qu’au début, ce n’était pas facile de s’adapter. «C’est toujours compliqué au début. Ce n’est pas le fait de s’habituer au lieu, mais plutôt à la culture», confie-t-il. Cependant, il a confirmé que dans le cas des musulmans, c’est plus facile pour un homme, «même si à première vue il n’y a pas beaucoup de différence». Pour les femmes, il est plus difficile de s’habituer car «la plupart d’entre elles portent le hijab et ici, c’est différent». Il a également ajouté que cela est accentué par le manque d’information sur sa religion en Amérique latine. «Les gens ne savent pas, c’est pourquoi l’islam attire en général leur attention, surtout à cause des médias de communication», affirme-t-il. Enfin, il a indiqué qu’il a dû espérer deux ou trois semaines pour se sentir confortable et commencer à interagir avec la population, mais il assure que pour sa femme c’était plus difficile. Bien qu’aujourd’hui, elle se soit parfaitement adaptée. «Quand je me suis marié avec ma femme et qu’elle est arrivée ici, tout le monde la regardait. Elle se sentait mal à cause de cela, mais avec le temps elle a réussi à se faire une place.» «Parfois, dans la rue, quand je sortais avec mon épouse, les gens nous arrêtaient et nous demandaient d’où on venait, ce qu’on fait ici. Et quand nous expliquions et commencions à parler, ils comprenaient et nous respectaient», assure-t-il. C’est pourquoi il affirme que, dans son cas, l’adaptation n’a pas été difficile, «les gens en Argentine sont tranquilles et respectueux».


Religion et médias
Salih a mentionné à beaucoup d’occasions les médias en tant que transmetteurs d’information, de culture, de connaissance, ainsi que leur grand pouvoir face à la société. Il a affirmé qu’à l’heure actuelle, il était plus difficile de s’adapter à une nouvelle culture/religion et d’en connaître les détails à cause du peu ou de la mauvaise information donnée. «Ça, c’est un grand problème à notre époque. Au XXIe siècle, le problème est la mauvaise information pour tout», dit-il. Mais d’un autre côté, Salih a donné plus d’importance à Internet comme moyen de recherche d’information pour les personnes. Il a assuré que c’est un moyen par lequel chacun peut choisir quoi voir et quoi penser. «Les gens doivent étudier ce à quoi ils s’intéressent pour approfondir leurs connaissances. Ils ne doivent pas se laisser porter par ce que disent les médias. Ils doivent penser par eux-mêmes et voir de leurs propres yeux», a-t-il indiqué.
Pour donner un exemple de ce manque de connaissance de la société en ce qui concerne cette religion, en particulier, et les religions, en général, Salih a fait référence au hijab. «A l’heure actuelle, quand quelqu’un fait référence au voile ou au hijab, il est associé directement à l’islam. Mais ce n’est pas le cas, les personnes ont une mauvaise information. Le hijab ne vient pas de l’Islam. Les juifs ont depuis toujours l’obligation de porter le hijab, quand la femme est mariée, elle n’a pas le droit de montrer ses cheveux, seul l’homme peut les montrer», signale-t-il. Après le judaïsme, qui pour lui était la première religion à utiliser le voile, le christianisme l’a mis en place également. «Je n’ai jamais vu la vierge Marie sans voile», souligne-t-il. Et il ajoute que dans la rue, quand on voit des religieuses – qui portent toujours le voile – cela n’attire pas notre attention et, cependant, les gens continuent de l’associer à l’Islam. C’est un exemple clair du peu d’information, voire de l’absence de connaissance des personnes sur la religion.


Origine des musulmans de la mosquée de Córdoba
Sachant que Salih est celui qui est en charge de la mosquée depuis plusieurs années maintenant, il nous fait part de quelques chiffres pour représenter d’une certaine façon l’évolution, jour après jour, de la religion musulmane à Córdoba. Entre 15 et 40 personnes approximativement se rendent à la mosquée quotidiennement. « Quand nous faisons des fêtes, jusqu’à 100 personnes peuvent venir, mais quotidiennement jusqu’à 40 », ajoute-t-il. La plupart de ces personnes sont des Argentins qui se sont convertis à l’Islam, explique Salih, tout en ajoutant que certains d’entre eux ont des descendants arabes. Mais « d’autres se convertissent sans avoir de relation antérieure avec l’Islam, ni de descendance arabe ». De plus, Salih a reconnu que la plupart des personnes qui se convertissent à l’Islam à Córdoba et en Amérique latine, en général, ont comme fondement principal des racines arabes venues « en grande partie de Syrie et du Liban ». « Ils cherchent à travers leur nom ou celui de leurs grands-parents qui peuvent être arabes et ensuite ils décident de se convertir », affirme-t-il. Pour autant, il est compliqué d’avoir des données précises. « Parfois pendant deux ou trois mois personne ne vient se convertir et, au contraire, pendant un mois trois ou quatre personnes peuvent venir », explique-t-il. Ils seraient environ une dizaine à une quinzaine à se convertir chaque année.


Conversion à l’Islam et réaction de la famille
Salih a assuré que, dans sa mosquée, à chaque personne qui veut se convertir à l’Islam, il lui demande premièrement pourquoi il veut faire ça et quelle est la raison qui le motive. Et ensuite, il lui explique que l’Islam est une religion comme les autres, mais avec des obligations différentes. Dans une autre salle, des livres sur l’Islam lui sont donnés pour qu’il les étudie bien, et si après cela il continue avec la même envie de se convertir, le processus de bienvenue à la mosquée commence. Parfois, il y a des personnes qui font des recherches pendant plus d’un an avant de se convertir. Mais avant tout, Salih affirme que « nous leur disons toujours d’écouter leur cœur ». Quand une personne se convertit, il y a un point très important à prendre en compte, la famille. Salih a assuré que parfois la réaction de la famille avant la conversion d’un être cher n’est pas toujours positive, du fait d’une certaine peur généralisée. « Ils ont peur à cause de tout ce qui se passe actuellement en Syrie ou en Irak. Ils sont préoccupés », explique-t-il. Cette peur, assure-t-il, est influencée et appuyée par tout ce qu’on voit et écoute dans les médias sur ce qui se passe dans cette partie du monde. Malgré cela, Salih a toujours invité les familles à se rapprocher de la mosquée pour leur enlever tout doute ou interrogation qu’ils puissent avoir. La mosquée est toujours ouverte à tous. 

Dernière modification le mercredi, 15 novembre 2017 00:29

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