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lundi, 14 mai 2018 06:00

Nucléaire iranien : Mohammad Javad Zarif, marathon diplomatique pour tenter de sauver l’accord

Écrit par Anis Remane
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Afin de tenter de sauver l’accord nucléaire abandonné par les Etats-Unis, le chef de la diplomatie iranienne a entamé hier un long périple dont la première escale est Pékin.

Mohammad Javad Zarif, qui souhaite pour son pays un «cadre futur clair, se rendra à Moscou, puis à Bruxelles, où il rencontrera ses homologues français, allemand et britannique : il aura alors fait le tour des cinq puissances qui, outre les Etats-Unis, avaient signé avec l’Iran le texte de juillet 2015, relèvent les observateurs.
Cette tournée de M. Javad Zarif indique que l’Iran et son gouvernement cherchent à sauver l’accord arraché il y a trois ans. «La raison cruciale de ce voyage est d’entamer le dialogue avec les nations qui restent dans l’accord», a expliqué le ministre iranien des Affaires étrangères iranien en rencontrant son homologue chinois Wang Yi. «Nous espérons, grâce à cette visite en Chine et dans d’autres pays, être capables d’établir un cadre futur clair pour l’accord », a-t-il insisté, selon une traduction en mandarin rapportée par les agences de presse.
Pékin, qui avait «regretté» la décision américaine, a assuré dimanche vouloir «maintenir le contact avec toutes les parties». «Nous sommes disposés à avoir des discussions stratégiques opportunes avec l’Iran (...) Je suis convaincu que ces visites dans différents pays amélioreront la compréhension qu’ont ces pays, y compris la Chine, de la position iranienne», s’est toutefois contenté de dire Wang Yi. Premier partenaire commercial et économique de l’Iran, la Chine a accordé à ce pays des lignes de crédit et des financements totalisant plusieurs dizaines de milliards de dollars pour d’ambitieux chantiers d’infrastructures, un soutien précieux pour compenser l’impact des sanctions américaines. Qu’en est-il des Européens ? Paris, Londres et Berlin cherchent à maintenir l’accord mais avec l’idée, davantage appuyée par la France, de lui ajouter de nouvelles dispositions sans doute coercitives et à propos desquelles Mohammad Javad Zarif a averti d’emblée dimanche : «Si l’accord doit perdurer, nos intérêts doivent être assurés. Nous allons voir comment (les pays européens) garantiraient que les intérêts de l’Iran soient assurés», le cas échéant, a-t-il déclaré, selon l’agence de presse iranienne Isna.

Nouvelle cible américaine : le programme balistique iranien
«Nous sommes prêts pour toutes les options», a-t-il déclaré alors que vendredi dernier, il avait d’ailleurs affirmé que Téhéran se préparait à reprendre «l’enrichissement industriel» d’uranium «sans aucune restriction»... à moins que l’Europe ne fournisse de solides garanties de maintien des relations commerciales avec l’Iran. Selon des analystes, Téhéran est déterminé à ne pas perdre la face et chercherait à privilégier une nouvelle fois la logique de la négociation. Sauf que rien n’indique pour l’instant que la partie européenne ne veuille pas un accord plus sévère ou ne plie pas sous la pression américaine une nouvelle fois manifestée, hier, par les déclarations du Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères.
Dans un entretien diffusé hier dimanche par la chaine Fox News, Mike Pompeo a affirmé qu’il comptait « travailler dur avec les Européens » afin de parvenir à un nouvel accord pour contrer « le comportement néfaste » de Téhéran.
Dans son esprit, il ne s’agit pas uniquement de nucléaire mais des capacités balistiques de l’Iran « Le retrait (de l’accord) ne visait pas les Européens », a déclaré Mike Pompeo. « J’espère que dans les jours et les semaines à venir, nous pourrons parvenir à un accord qui fonctionne vraiment, qui protège réellement le monde face au mauvais comportement iranien, pas juste sur leur programme nucléaire mais également leurs missiles et leur comportement néfaste. Et je travaillerai de près avec les Européens pour tenter d’y parvenir ». Pas sûr dans ce cas que le gouvernement iranien accepte de nouvelles restrictions alors qu’il est déjà confronté à une vive pression politique intérieure, les ultraconservateurs se mobilisant contre ses efforts pour sauver l’accord. «Cela m’étonnerait que les Européens (offrent des garanties), auquel cas il faudra qu’on choisisse la voie de l’autosuffisance et de l’industrie nucléaire avec nos propres capacités», a martelé dimanche le chef des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite iranienne, le général Mohammad Ali Jafari, selon l’agence de presse Fars.
«Malheureusement, certains responsables ont le regard tourné vers l’étranger», a-t-il déploré. A Téhéran, selon l’AFP, des diplomates européens fulminaient après le retrait américain, soulignant que cela pourrait saper des années de travail méticuleux pour rétablir les liens commerciaux et diplomatiques avec la République islamique. «Depuis la signature (de l’accord), nous sommes passés d’une atmosphère de ruée vers l’or à une crise de dépression», assure une diplomate occidentale sous couvert d’anonymat.
«Si l’UE se montre accommodante avec les Etats-Unis, alors tous les progrès réalisés depuis 2015 seront perdus», ajoute-t-elle. Comme l’Iran fait face à un chômage et une inflation élevés, beaucoup d’observateurs estiment que les sanctions internationales permettraient au gouvernement de blâmer les étrangers pour ses propres revers et ses mauvaises décisions. La tournée de M. Zarif est en outre compliquée par l’escalade militaire entre son pays et Israël sur le théâtre de guerre syrien.

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