Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
mercredi, 19 avril 2017 22:44

Brahim Tazaghart, directeur des éditions Tira : « La lutte, c’est aussi à travers la production littéraire et culturelle»

Écrit par Meriem Kaci et Djamila Arras
Évaluer cet élément
(0 Votes)

Brahim Tazaghart est une figure originale et pugnace du monde de l’édition : à la profession de publier contre vents et marées des livres, il lui imprime le sacerdoce du militant convaincu que sans tamazight pour tous, l’Algérie ne se réconciliera pas avec elle-même.


Reporters : Présentez-nous brièvement les éditions Tira et pour quel projet éditorial ont-elles été créées ?
Brahim Tazaghart : Tira est le fruit d’une vie de lutte pour tamazight. A un moment de ma vie, et suite aux blocages qu’a connus le Mouvement culturel amazigh, je me suis dit qu’au lieu de faire dans les polémiques stériles ou se ranger dans l’immobilisme, il faut que je donne un prolongement utile et productif à mon militantisme politique. D’autant plus que la lutte, c’est aussi et surtout ne pas accepter le fait accompli à travers la production littéraire et culturelle. C’est ainsi que j’ai ouvert une librairie, puis une maison d’édition en 2007. La première publication était en 2008.


Vous publiez notamment en tamazight et accordez une place particulière au domaine berbère. Pourquoi cet intérêt pour le champ amazigh et qu’en est-il du résultat de cette expérience actuellement ?
Tout simplement parce que je suis Amazigh, Algérien, Nord-africain. Je n’ai pas, et je ne veux pas avoir une langue et un pays de rechange. Vous serez d’accord avec moi que personne ne viendra d’Iran, d’Irak ou du Brésil pour écrire et éditer des livres en tamazight, surtout que c’était une langue non reconnue dans les textes fondamentaux de l’Etat, une langue combattue. Mais aussi et surtout une langue d’un pays modeste, sans grande économie ni influence.
L’expérience de Tira Editions a eu des résultats très positifs. Elle a participé à donner de la visibilité à la littérature et au livre amazighs. Elle a permis aux lecteurs de lire des auteurs qu’ils aiment à l’instar de Kamal Bouamara, Mohend Akli Salhi, Malek Houd et d’autres. A la création de Tira, il n’y avait pas de marché du livre amazigh, nous avons contribué avec d’autres à le créer.
Malheureusement, ce marché reste très limité à cause de l’absence de la contribution effective de l’Etat. En effet, ni les institutions ministérielles ni les institutions élues ne sont en train d’aider. Il y a une sorte d’abandon de la culture au moment où le pays en a le plus besoin.


Quel était le premier ouvrage publié ? Dans quelles conditions et pour quelle raison l’avez-vous mis sur le marché ?
Le premier ouvrage publié était une traduction d’un recueil de poésie de la poétesse syrienne Maram Al Masri, de l’arabe vers tamazight. Un livre bilingue qui a eu un très bon écho, que ce soit chez nous ou ailleurs. J’avais espoir qu’en ouvrant cette perspective d’interaction entre les langues nationales, l’Etat et les intellectuels allaient s’engager dans cette voie pour donner une assise solide à notre vie culturelle. Force est de constater que l’engagement intelligent n’est pas au rendez-vous. Les institutions refusent de doter l’Etat d’un projet culturel ; et en face, les élites manquent terriblement d’esprit d’autonomie et d’initiative.


L’édition amazighe pose comme pour toutes les formes d’édition la question du lectorat. Existe-il un lectorat pour le livre en tamazight ? Un lectorat qui est en augmentation ou pas ?
Le lectorat existe bel et bien. Il est très normal d’ailleurs qu’il soit en progression, car de plus en plus d’étudiantes et d’étudiants font leur enseignement en tamazight. A titre indicatif, nous avons beaucoup de titres en réédition. Ceci dit, la question de la lecture se pose à toutes les langues pratiquées dans notre pays. Nous trouvons des difficultés à passer de l’oralité à l’écriture. A titre indicatif, combien d’acteurs du Printemps amazigh ont écrit sur ces événements ? Le nombre est insignifiant.


Trois graphies pour une seule langue est le débat qui préoccupe actuellement observateurs et experts depuis l’officialisation de tamazight. Quel point de vue avez-vous sur la question ?
Oui, la question préoccupe certainement des observateurs et «experts» des théories, mais pas les praticiens qui sont en train de travailler et d’avancer sans aucune hésitation ni doute. Je parle des écrivains qui produisent les corpus, des poètes, des enseignants, des chercheurs, des étudiants... Etant loin du champ, nous n’avons pas le même regard que celui qui manie la chose et la transforme pour la rendre utile à l’homme. Pour ma part, je crois que nous partageons avec le monde le téléphone, l’avion, l’insuline, et que nous pouvons partager avec lui des caractères de transcription de la langue et autres PC et ordinateurs. Le latin est une graphie d’origine phénicienne, elle appartient à l’humanité toute entière… Cela dit, celui qui veut transcrire en arabe n’a qu’à le faire. C’est toujours tamazight.


Dans quelle graphie les éditions Tira publient-elles ses ouvrages et pour quelle raison ?
Nous utilisons le latin amazigh, qui n’est pas le français, bien évidemment, comme on le laisse penser. Tous les travaux sur tamazight ou en tamazight sont faits dans cette graphie. C’est avec cette graphie que Belaïd At Ali a écrit le premier roman amazigh de l’histoire, en 1946. Je parle bien du premier roman amazigh de l’histoire et non du premier roman d’un Amazigh. La nuance est de taille.
En plus de sa praticabilité, des atouts techniques qu’il offre, n’oublions pas que le latin est historiquement proche de nous. Juba I l’a bien utilisé dans sa monnaie, comme Juba II d’ailleurs.


Parlez-nous de vos nouveautés ? De quoi s’agit-il et pourquoi les avoir lancées sur le marché ?
Il y a une orientation de l’édition vers l’enfant et le parascolaire. Il y a un grand besoin qui s’exprime dans ces domaines. Nous allons donner beaucoup d’intérêt à l’avenir pour la production chaoui. Nous avons publié Timuqan n Tmazight, de Mohamed Merdaci, et bientôt Utlay Tacawit, de Mohend Salah Ounissi, et d’autres encore comme Azmam n Tmazight, de Naïma Delloul. Tira sera fière de lancer la collection les Aguellids Amazighs en arabe, en tamazight et en français, du grand homme de lettre et artiste Salim Souhali. Cette semaine nous avons publié la traduction du roman d’Amara Lakhous Choc des civilisations vers tamazight. 

Laissez un commentaire