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mardi, 14 novembre 2017 06:00

La culture algérienne endeuillée par la perte de l’artiste plasticien Choukri Mesli : « Adieu Mesli l’Africain ! »

Écrit par Sihem Bounabi
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Le monde culturel vient de perdre l’un des piliers de l’art moderne algérien, l’artiste plasticien Choukri Mesli. Cofondateur du groupe Aouchem, qui a toujours milité pour la promotion d’un art total ancré dans les repères identitaires populaires et l’africanité, il avait signé dans le manifeste d’Aouchem : «Nous entendons montrer que, toujours magique, le signe est plus fort que les bombes. »


La funeste nouvelle de la disparition de l’artiste peintre Choukri Mesli à l’âge de 86 ans s’est répandue, hier, comme une traînée de poudre dans le monde de la culture algérienne, suscitant des réactions tant au niveau de la tutelle que dans les réseaux sociaux. Parmi les premiers à avoir réagi, la designer Feriel Guesmi Issiakhem, qui publie une bannière de deuil où il est inscrit « Adieu Mesli l’Africain ! »
La réaction officielle n’a pas tardé à tomber dans un communiqué parvenu à la rédaction où il est souligné : «C’est avec beaucoup de tristesse que Monsieur Azzedine Mihoubi, ministre de la Culture, a appris la nouvelle de la disparition du grand artiste peintre Choukri Mesli (…) Le défunt est l’un des grands noms de l’art plastique algérien aux côtés de Mohammed Racim, M’hamed Issiakhem, Mohamed Khadda et Baya. Il était l’un des éminents fondateurs de la peinture moderne en Algérie. En cette douloureuse circonstance, le ministre de la Culture présente ses sincères condoléances à la famille du défunt et à la famille artistique qui perd l’un des fondateurs de la peinture moderne en Algérie ».

Une vie, une œuvre  au service de l’art
Décédé hier dans un hôpital parisien, Choukri Mesli est un intellectuel et plasticien moderniste né le 8 novembre 1931 à Tlemcen dans une famille d’intellectuels et de musiciens. Il réalise ses premières gouaches en 1947 et, de 1948 à 1951, est l’élève de Mohamed Racim à l’Ecole des beaux-arts d’Alger. Il participe en 1950 à la création de la revue Soleil et fonde le « Groupe 51 » et avec de jeunes poètes et peintres, dont Kateb Yacine et M’hamed Issiakhem. En 1954, Choukri Mesli entre à l’Ecole des beaux-arts de Paris. Il expose en 1956 avec le Marocain Ahmed Cherkaoui et participe à la grève des étudiants, milite au sein du FLN, et renonce à toute exposition. Il est le premier Algérien à obtenir un diplôme supérieur en arts plastiques. Nommé dès 1962 professeur de peinture à l’Ecole des beaux-arts d’Alger, Mesli est, en 1963, membre fondateur de l’Union nationale des arts plastiques (Unap), dont il est secrétaire chargé de la coordination. Il participe aux nombreuses expositions organisées par l’Unap en Algérie et à l’étranger. En 1967, Choukri Mesli participe avec Denis Martinez à la création du groupe « Aouchem » (Tatouage), dont il organise la première exposition. « Aouchem est né, il y a des millénaires, sur les parois d’une grotte du Tassili. Il a poursuivi son existence jusqu’à nos jours, tantôt secrètement, tantôt ouvertement, en fonction des fluctuations de l’Histoire. (…) Nous entendons montrer que, toujours magique, le signe est plus fort que les bombes », déclare leur « Manifeste ». En 1982, Choukri Mesli expose à New York, San Francisco, Atlanta et Washington, avec un groupe d’artistes africains. Après la vague d’assassinats, en 1993, des intellectuels algériens, Choukri Mesli est contraint à l’exil et s’installe dans la banlieue parisienne. Une rétrospective de ses œuvres sur papier est présentée au Centre culturel algérien de Paris en 2014
De nombreuses réactions ont suivi l’annonce de cette nouvelle. L’artiste peintre Karim Sergoua, qui a côtoyé de son vivant l’artiste lorsqu’il enseignait à l’Ecole des beaux-arts d’Alger, confie d’une voix nouée par l’émotion que « c’est tout l’art algérien qui est endeuillé avec cette perte, car c’est l’un des fondateurs de l’art moderne algérien et du mouvement Aouchem ». Précisant qu’« il a beaucoup encouragé la création, l’art total, en ayant une attention particulière pour la promotion de l’art populaire, ancestrale, ancré dans l’africanité ». Karim Sergoua tient également à rendre hommage aux qualités humaines de l’un des piliers de l’art algérie, en confiant : « C’est un homme généreux dans tous les sens du terme. Il était l’incarnation de la bienveillance et du partage. Il a formé des centaines d’artistes et aidé les gens par tous les moyens. Soit en partageant son savoir, soit financièrement, matériellement. Il avait aussi une grande tendresse pour les artisans, les gens du peuple et les lieux qu’il traduisait dans ses toiles. »
De son côté, Hachemi Ameur, artiste plasticien, Directeur de l’Ecole régionale des beaux-arts de Mostaganem, très peiné par cette triste nouvelle, confie à propos des qualités de pédagogue du disparu que «Mesli Choukri représente un père pour moi. Il a sacrifié tout son temps et son énergie pour ses élèves. Cest un vrai exemple pour tous ceux qui l’ont connu ». Il ajoute que «contrairement à ceux qui n’ont rien donné, il a été toujours présent, sincère et disponible ». « Monsieur Choukri Mesli est un monument de la peinture algérienne, son œuvre est sublime et émane du fond de son âme et de son esprit. C’était un grand intellectuel. Paix à son âme », conclut-il. A propos de son héritage artistique, l’artiste plasticienne Valentina Ghanem confie que « c’est un des piliers de l’art moderne algérien qui s’en va. Son travail restera à jamais comme un graphisme ancestral et témoignage de l’époque postindépendance, qui est toujours avant-gardiste et moderne ». Elle ajoute avec beaucoup d’émotion : « L’artiste s’en va, mais son œuvre reste comme témoignage de son époque et de son vécu. »
Parmi les artistes de la nouvelle génération dans le sillage d’Aouchem, Lamine Amor-Driis Dokman confie : « En tant qu’artiste peintre, c’est une très grande perte pour les plasticiens et pour le pays, la perte d’un moudjahid pour la libération. Je connais son travail, c’est l’un des pionniers de la peinture moderne de la génération d’Issiakhem, parmi les premiers qui ont mis en valeur leur pays à travers leurs créations. » Il regrette toutefois : «Ce qui est malheureux pour nous, c’est qu’on n’a pas eu l’honneur de le connaître, de partager son expérience ou autre. Il est parti en France à cause des années 1990 mais aussi de l’absence d’un véritable marché de l’art. Comme toujours, ce n’est qu’une fois parti, qu’on parle de son travail. Toute sa création est surtout de l’autre côté même si on a quelques œuvres au musée. Les Algériens ont perdu un patrimoine, car ses œuvres et sa création sont tout un patrimoine et une part de notre identité.» 

Dernière modification le lundi, 13 novembre 2017 21:49

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