Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
mercredi, 27 décembre 2017 06:00

Abane, une histoire algérienne

Écrit par Rabah serradj
Évaluer cet élément
(1 Vote)

Soixante ans après sa disparition, le parcours et le combat de Abane Ramdane font toujours débat. Il reste un personnage pas comme les autres dans le récit national. Et pas seulement à cause de sa fin tragique.

Les biographes rappellent son rôle clé dans la Révolution, dans l’organisation de la lutte. C’est probablement à cause de sa disparition dans des conditions jamais établies officiellement que subsiste le malaise Abane.
Sa mise à mort a été symboliquement un coup de force des «militaires» sur le politique. «Des guerriers sur les gens instruits». Et pour beaucoup, on n’en est pas encore sorti. Abdelhamid Mehri avait dit un jour à ce propos que, depuis l’assassinat de Abane Ramdane, l’Algérie a comme hérité d’un terrible problème de règles. Les règles ne seraient rien car la force l’avait emportée. Ce cadavre dans le placard de l’histoire nationale subsiste toujours parce que le système, mis en place depuis 1962, est resté dans cette logique d’absence de règles et surtout d’effacements des acteurs. L’exemple de Mohamed Boudiaf, qui n’a été connu des jeunes que lorsqu’il était rentré en 1992, est éloquent. Il est évident que pour un héros assassiné, la propension est encore plus affirmée. Le récit national le réitère souvent, Abane Ramdane était pour «la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et du politique sur le militaire». Un dilemme toujours d’actualité diront certains. Mais, aujourd’hui, incontestablement est arrivé le temps où on doit regarder notre histoire avec sérénité, avec ses parts d’ombre et de lumière. Pour les citoyens, c’est une évidence. Mais comment le faire pour un système qui a orienté l’histoire en effaçant les acteurs. On a donné désormais le nom de Abane Ramdane à une infrastructure mais on ne fait aucun effort pour expliquer qui il était et ce qui lui est arrivé. Ce sont les limites du système. Pourtant, avec le Congrès de la Soummam, Abane a pu donner un sens au mot «Front» avec notamment la possibilité aux membres des autres courants politiques algériens de constituer le FLN libérateur. Malheureusement, aujourd’hui, l’amnésie semble devenue une règle de gestion et pas seulement pour les années 1990. Même notre grande histoire de libération ne semble pas y échapper. Reste le travail des historiens. Il avance, mais dans le temps lent. Cependant, manipuler l’histoire pourrait avoir un coût dramatique, d’où le danger de certains mouvements «régionalistes» qui tentent d’instrumentaliser la mort de Abane. Une aberration lorsqu’on sait que Abane était jacobin dans sa vision politique. C’est parce que cette histoire, belle malgré les choses terribles qui ont lieu, est ignorée, manipulée que nous avons aujourd’hui des gens qui se proclament plus islamistes, plus berbéristes... qu’Algériens. C’est pour cela qu’il faut encourager le travail des historiens et les témoignages des acteurs encore en vie. Dans un entretien, un autre héros, Hocine Aït Ahmed parle magnifiquement de Abane, pointant «son identité, c’est ce qu’il a fait de lui-même dans les pires épreuves. Ceci dit, qui n’a pas de défaut ? Il était autoritaire et jacobin. Son franc-parler le desservait terriblement. Par contre, il savait aussi écouter et exécuter les décisions prises démocratiquement». Des témoignages qui dénotent avec ceux qui ressassent son côté « autoritaire». Indubitablement, Abane était une histoire algérienne. Ainsi l’histoire vraie permet aux Algériens d’avoir un récit national consensuel et riche. Comme l’a dit toujours Aït Ahmed, en «dépit du délabrement planifié de la mémoire historique et peut-être à cause de ce délabrement… reste une avidité naturelle qui ressemble fort à une volonté de réintégration et d’enracinement profond dans le présent et l’avenir de la nation». Pour les nouvelle générations, «ce ne sont pas les retours en arrière, à la recherche nostalgique de faits glorieux, qui les intéressent. Ils attendent de l’histoire qu’elle leur livre des leçons et des enseignements. Leur rêve est de participer pleinement et efficacement à l’histoire comme dynamique populaire qui se construit dans les luttes quotidiennes pour une vie de liberté, de dignité et de justice pour tous et toutes. » 

Lu 2308 fois

Laissez un commentaire