Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
jeudi, 17 mai 2018 06:00

Une comédienne exceptionnelle et une femme hors pair : Sonia, une étoile au théâtre comme dans la vie Spécial

Écrit par Abdelkrim Tazaroute
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Dans l’expérience du théâtre algérien, la défunte Sonia, est à ce jour l’unique femme à tenter l’aventure du théâtre privé. Retour sur la vie d’une femme d’exception.

Sonia, elle ne s’appelait pas encore Sonia quand elle est allée vivre avec sa tante à Constantine, suite à la décision de son père de déménager. Elle est née le 31 juillet 1953 à El Milia, près de Jijel, sous une bonne étoile. Sa tante vivait avec son mari qui avait une boutique, où il vendait du beurre et du miel. Tout allait pour le mieux pour la tante de la petite Sakina Mekkiou, jusqu’au jour où elle dut affronter la dure réalité avec la mort de son mari. Et elle n’était pas préparée à cela la tante de Sakina. Sans qualification et sans instruction, ce qui était le cas de la majorité des Algériennes de l’époque, elle se devait néanmoins se jeter dans l’arène pour subvenir aux besoins du quotidien.
Lorsque cette courageuse tante revient de son travail le premier jour, elle donnera des conseils à sa petite nièce, une leçon de la vie qui va lui servir à jamais. Et la petite Sakina ne l’oubliera pas. Ce jour-là, la tante a pleuré autant que lorsqu’elle a appris la mort de son mari. Puis, dans un moment de lucidité, elle conseillera à sa nièce d’étudier, d’étudier pour ne pas dépendre de quelqu’un, et l’exhorte de ne pas porter la Mmlaya de misère et de triste mémoire.
Cette anecdote marquera à jamais la petite Sakina et ses premiers pas dans la vie feront d’elle un personnage de roman ou de film dramatique. Sakina a appris qu’il ne fallait pas se laisser abattre par les pesanteurs de la tradition et qu’elle devait s’appuyer sur sa scolarité pour s’affranchir.

LA FEUILLE DE ROUTE
C’est la feuille de route qu’elle recevra de sa chère tante qui finalement, lui inculquera l’essentiel, le prix de la liberté. Le jour où l’Algérie se libéra du joug colonial, la petite Sakina, alors âgée de 9 ans, manifestera sa joie et fêtera l’indépendance de son pays comme il se doit, en allant chercher le drapeau national, caché par sa tante pour aller rejoindre les Algériens et les Algériennes sortis en masse célébrer la liberté recouvrée. Sakina n’a pas oublié ce fameux jour, elle en parle avec précision cinquante ans après. « J’ai chanté et j’ai dansé dans une folle ambiance avec mon drapeau au bras. J’ai eu la chance de vivre dans une Algérie libre, et c’est magnifique, en dépit de toutes les difficultés subies par le peuple algérien. » Et de formuler le vœu une fois adulte que l’Algérie soit le plus beau pays au monde.

LA LECON DE LA LIBERTE
La petite Sakina a certainement appris beaucoup de chose de sa tante qui l’a élevée. C’est unique de vivre cette expérience exceptionnelle, de vivre toute jeune loin de sa famille et de la maison familiale. Fatalement, cela vous donne une autre destinée, vous marque à vie et vous donne les ailes de la liberté. Sakina apprendra cette notion de liberté à conquérir en toutes circonstances, quel qu’en soit le prix. Adolescente, elle sera confrontée à sa première grande épreuve après le refus catégorique de son père quant à son choix de suivre une vie artistique en tant que comédienne. Sakina connaît le prix à payer pour vivre sa passion pour le théâtre. Elle a assumé comme une grande la colère du père et elle sera exclue du lien familial. Elle a conscience de sa décision, elle assume, comme elle le fera sa vie durant, quand il fallait prendre des décisions.
En battante, elle avait montré un talent inné pour l’interprétation. Elle ira faire des études à l’Institut des arts dramatiques de Bordj El Kifan et rejoint le Théâtre d’Annaba en tant que comédienne. Elle fera ses premiers pas artistiques dans cette ville où elle connaîtra le comédien Sid-Ahmed Agoumi qu’elle épousera. Ce couple mythique du théâtre algérien donnera naissance à Samia, aujourd’hui une grande actrice avec une riche filmographique bien qu’insuffisante au regard de ses qualités artistiques et de son avantageux physique.
Dans le milieu artistique, on la surnommera Sonia et elle finira par en faire son nom artistique. Désormais, Sonia fera l’unanimité partout où elle évolue au théâtre, au petit écran, au cinéma et dans la vie de tous les jours. Sonia, c’est cette grande dame dynamique et volontaire, toujours en action et jamais à court d’idées d’écriture. Son talent sera reconnu à sa juste valeur par ses pairs et par le public. Sonia, c’est sa voix, une voix unique, puissante et chaleureuse. C’est un grand atout pour une comédienne.

SONIA UNE ARTISTE AUX MULTIPES TALENTS
Sonia a du talent, un talent inné de comédienne qu’elle a su parfaire en côtoyant les grands noms du théâtre algériens, les Alloula, Benguettaf, Agoumi, Keltoum, Kouiret et tant d’autres artistes, qui ont donné au quatrième art algérien ses lettres de noblesses. Sonia l’artiste n’est pas différente de Sonia, l’épouse, Sonia, la maman, Sonia, la manager, omniprésente, sans concessions et perfectionniste. Exigeante envers elle-même, elle l’est autant avec sa famille et ses amis artistes.
Son cri est théâtral, artistique et ses rêves sont multiples, son leitmotiv est cette insatiable liberté. Son beau-fils, l’excellent acteur Khaled Benaissa, dira d’elle qu’elle ne se lasse jamais de marcher. « Elle adore marcher et elle le fait à chaque fois qu’elle en a l’occasion. Quand elle est en voiture et que ça bouchonne, elle gare rapidement pour retrouver sa liberté et marcher », souligne-t-il admiratif.
Ce désir de liberté, elle le manifestera lorsqu’il fallait choisir entre un salaire sécurisant du Théâtre national où une aventure artistique avec la création d’une troupe privée. Elle n’hésitera pas un instant. Sonia, avec ses amis Benguettaf et Azzedine Medjoubi, sera membre fondatrice de Masrah el Qalâa. Dans l’expérience du théâtre algérien, Sonia sera à ce jour l’unique femme à tenter l’aventure du théâtre privé.
Avec cette troupe théâtrale privée, que de succès et de satisfactions. Dans la foulée de la reconnaissance de son immense talent, la comédienne Sonia sera honorée au Qatar en 2013. Elle en était fière ! Dans la foulée, elle a eu l’idée de créer le festival du théâtre féminin de Annaba alors qu’elle dirigeait le théâtre de cette ville après avoir était aux commandes de celui de Skikda et dirigé l’Institut des arts dramatiques de Bordj El-Kiffan. Son dernier pas artistique, elle le fera avec l’excellent film de Karim Moussaoui, « En attendant les hirondelles ». Hassen Kechach se souvient de sa disponibilité et de son immense talent. Il regrette la perte d’un monument de la famille artistique algérienne. Yacine Mesbah, acteur et membre fondateur de la troupe « Les folies berbères », se rappelle de la générosité de Sonia et il a tenu à le déclarer au grand jour en témoignant que lorsqu’elle était directrice de l’Institut des arts dramatiques, « elle a mis à la disposition de la troupe un local pour les répétitions. « Sonia nous a ouvert les portes de l’institut pour pouvoir répéter à l’aise. Elle a mis à notre disposition tous les moyens dont nous avions besoin. Elle était aux petits soins. Nous n’oublierons jamais ce geste ! »
Sonia, grande dame, elle a été, grande dame, elle restera. Sonia, immense comédienne restera à jamais gravée dans la mémoire collective des Algériens.

Laissez un commentaire