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samedi, 12 août 2017 06:00

Médias / Fermeture du quotidien La Tribune : La rédaction prise en otage entre le bras de fer des actionnaires

Écrit par Wafia Sifouane
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Toujours sous le choc, après la décision de fermeture du quotidien La Tribune et la dissolution  de l’entreprise Sarl Ominum Maghreb, éditrice du journal, par deux actionnaires minoritaires,  le collectif des travailleurs s’est vu délivré jeudi dernier un titre de congé en attendant l’installation du liquidateur, a-t-on appris.


« Nous avons été mis en congé et priés de bien vouloir vider les lieux. Nous avons jusqu’à dimanche pour prendre nos affaires. Je n’arrive toujours pas à croire à quelle vitesse cela est arrivé », a déclaré une journaliste du quotidien.
L’histoire remonte à mercredi dernier, lorsque deux actionnaires de la Sarl, Tifaoui Cherif et Djerad Djamel, se sont pointés à la rédaction du journal pour annoncer qu’une décision de cessation d’activité de l’entreprise a été introduite en justice, entraînant par conséquent la fermeture du journal. Bien qu’attendue par les employés, conscients des difficultés financières du journal, cette annonce subite et sans préavis les a laissés sans voix. « La raison évoquée par les actionnaires, qui est l’incapacité d’honorer les dettes faramineuses du journal, n’est pas crédible. De nombreux journaux sont dans la même situation et même pire. L’annonce de fermeture du journal a été brutale, même si cela était prévisible, surtout après la disparition du directeur de publication Bachir Cherif Hassan », a déclaré Moumen Belghoul, rédacteur en chef du journal. Malgré la mauvaise nouvelle, le collectif La Tribune avait décidé d’assurer l’édition du lendemain. Hélas l’administration n’a pas été du même avis. « Nous avons fait le journal ce jour-là mais, à la dernière minute, l’administration a refusé en nous affirmant que sa parution le lendemain de l’annonce de sa fermeture serait illégale », a regretté le responsable. Face à un avenir incertain, le collectif La tribune se réunira ces jours-ci pour décider de l’attitude à adopter. « Nous contestons la façon dans la liquidation du journal s’est faite. Un journal n’est pas une entreprise comme les autres », a fait savoir notre interlocuteur. Il nous a assuré que la liquidation de la Sarl est bel et bien en cours. « Une fois que la procédure a été lancée, l’huissier de justice décidera de la suite des choses et attribuera à chacun son dû, sauf, s’il y a des rebondissements dans l’affaire », a-t-il conclu.
Sidéré par la disparition d’un quotidien âgé de 22 ans, l’ensemble des gens des médias n’ont pas manqué d’exprimer leur incompréhension face à une telle mise à mort. Selon certaines indiscrétions, les deux actionnaires ayant décidé de la fermeture du journal, et en litige avec les héritiers de Kheireddine Ameyar, fondateur de la Sarl, auraient opté pour cette solution pour éviter de rendre des comptes à la partie adverse qui a obtenu, par le biais de la justice, un audit et une assemblée générale.
Pour sa part, la veuve Ameyar a contesté fortement la fermeture du journal et a jugé cette décision d’illégale, compte tenu des parts de chacun des associés, rappelant que les héritiers Ameyar détiennent 46% des parts. « La Tribune doit reprendre. Le titre ne doit pas mourir sur une décision de deux associés minoritaires », a fait savoir Mme Ameyar. Elle a fait part de son intention « d’animer incessamment une conférence de presse pour faire la lumière sur la situation de la Sarl ». Les héritiers Ameyar, via un communiqué, ont annoncé qu’ils saisiront le tribunal de Sidi M’hamed, en septembre prochain, afin de tenir une assemblée générale extraordinaire pour statuer sur l’avenir rédactionnel mais aussi lancer un audit de la Sarl. Face à ce bras de fer, le collectif La tribune a opté pour la neutralité. « Il s’agit d’une guerre d’actionnaires à laquelle les journalistes ne sont pas mêlés », a fait savoir Moumen Belghoul. Un avis partagé par ses collègues de la rédaction, plus focalisés sur l’avenir de leur rédaction et de leurs plumes menacées.

Dernière modification le vendredi, 11 août 2017 22:52

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