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dimanche, 14 janvier 2018 06:00

entretien : Abderrezak Dourari, professeur des sciences du langage et de traductologie : « Seule une Académie compétente peut décider de la normalisation de la langue tamazight sur des bases scientifiques, sociologiques, historiques et linguistiques

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Après la consécration de Yennayer journée chômée et payée, décision du chef de l’Etat largement saluée et fêtée à travers tout le pays, il s’agira désormais de s’atteler à mener le travail académique et scientifique nécessaire pour promouvoir tamazight en tant que langue.

Une mission dévolue aux chercheurs et scientifiques, seuls à mêmes de se prononcer sur les questions de la langue et de sa normalisation. Ce qui sera du ressort de l’autorité d’une académie. C’est la conviction de M. Dourari, professeur de sciences du langage. Entretien.

 

Reporters : Tout d’abord, un mot sur la consécration de Yennayer fête nationale, chômée et payée ?
Abderezzak Dourari : C’est une décision judicieuse. Je félicite le peuple algérien et tous les Maghrébins pour la consécration de cette fête qui est un symbole de notre culture et de notre identité, et je félicite également l’Etat algérien pour cette décision. Yennayer est un symbole national véritable que respecte la grande majorité de notre peuple. Ce symbole d’unité nationale est très ancien. Il remonte à la plus haute antiquité. Je souligne mon contentement et ma joie de voir le symbole de mon peuple reconnu par les institutions nationales algériennes.


Certains affirment qu’il s’agit d’une avancée symbolique dans le champ identitaire ?
Effectivement, c’est une avancée symbolique. Mais le symbole, cette fois-ci, est très fort, car ce n’est pas une avancée banale ; elle s’inscrit dans l’esprit de la reconquête des symboles algériens que devront revêtir les institutions officielles.

Un symbole auquel croient un peuple et une société, et quoi qu’en diront certains, d’un point de vue scientifique, le drapeau national est un symbole, avec une valeur affective et psychique inestimable, car il représente l’indépendance nationale et tout ce qui a précédé la construction de l’Etat national moderne et aussi notre imaginaire de liberté et de sacrifice...


Donc vous ne partagez pas la même position que ceux qui disent qu’il s’agit d’une opération politique sans conséquence sur l’essentiel concernant la prise en charge de tamazight ?
C’est tout à fait normal qu’il s’agisse d’une opération politique, mais qui répond à une demande sociale que plusieurs militants pour l’amazighité et l’algériannité avaient manifestée, appelant l’Etat algérien à se tailler un costume d’algériannité et de symboles auxquels on croit... L’Etat a fait un pas et a reconnu dans la Constitution l’officialisation de tamazight. Symboliquement, l’Etat algérien s’est mis dans le costume algérien ancestral et historique.


Où on est-on dans le domaine de la recherche linguistique ?
Dans ce chapitre, il y a beaucoup de problèmes. Les recherches se sont faites essentiellement en kabyle et elles ont été menées par des individus. Il s’agit également d’une recherche militante en réponse à un déni identitaire violent et agressif, et un déni d’histoire. Des recherches faites dans le but de démontrer que tamazight est une langue respectable, une langue algérienne, capable de véhiculer un savoir élaboré.
Des recherches parties à la base d’un désir politique d’affirmation de soi contre la politique des pouvoirs publics. Il y a des acquis, mais le fait qu’ils soient tirés par le militantisme et non par le scientifique laisse un peu dubitatif. Nous avons aussi des dérives assez graves.
A titre d’exemple, pour démontrer que c’est une langue puissante comme l’arabe scolaire, on a poussé à la création d’une langue artificielle, cette langue qu’on appelle tamazight n’est la langue maternelle d’aucun berbérophone. Aujourd’hui, tamazight est devenue comme l’arabe scolaire qui n’est la langue maternelle de personne et souffre d’un sous-développement chronique.

En Algérie, nous avons deux langues officielles qui ne se comprennent pas spontanément, sauf que l’arabe scolaire a une relation avec la religion musulmane, raison pour laquelle il se maintient...
Ce tamazight est une langue artificielle qui a servi aux militants de s’affirmer et d’affirmer la quête identitaire de l’amazighité, mais il commence à poser problème même en Kabylie. Tamazight, à travers ses variétés naturelles, était déjà déclassé, là il est doublement déclassé: celui qui parle un kabyle naturel se trouve en position d’incompréhension par rapport à ce tamazight.

De plus, auparavant, il était bousculé par l’arabe scolaire ; là il est bousculé aussi par ce tamazight, donc cela me semble desservir la cause. L’Etat doit s’exprimer avec la langue du peuple, le kabyle, le chaoui, le targui et non le tamazight qui n’a pas de locuteurs, et les autres segments de la berbérité n’acceptent pas avec joie que ce tamazight soit à base de kabyle...
On ne peut pas faire porter à tamazight, dans son état actuel, le savoir que peut porter la langue française ou anglaise... langues du savoir par excellence juste en forçant sur les néologismes.
On ne peut obliger un nourrisson à faire la course du 100 m, alors qu’il commence à peine à marcher, et s’attendre en plus à ce qu’il gagne la course en concurrence avec les grandes langues de diffusion du savoir. Il y arrivera peut-être, mais dans quel état ? C’est du pur bon sens.


Est-il sensé de demander la généralisation de l’enseignement d’une langue qui n’est pas normalisée ?
C’est une demande absurde, et surtout inutile pour le développement et la préservation de la langue, car une langue qui n’est pas normalisée n’entre qu’à son détriment à l’école, alors que tamazight a effectué sa rentrée depuis 1995, avec une norme artificielle, sous-tendue d’une très bonne intention et beaucoup de générosité militante.

C’est généreux de demander sa généralisation pour la rendre accessible à tous les Algériens, car c’est une composante de leur identité, mais cette générosité est mal placée parce qu’en réalité, tamazight existe sous la forme de plusieurs variétés. Alors, laquelle peut-on rendre obligatoire et dans quelle région géolectale ? Le ministère de l’Education va-t-il généraliser et rendre obligatoire le tamazight qui n’est la langue maternelle de personne et à quelle fin ?
Il suffit de constater la réaction qu’a suscitée le premier communiqué du ministère de l’Intérieur, et même l’objet du communiqué, alors qu’il pouvait communiquer sur Yennayer qui est à l’honneur en cette occasion, qui n’a rien à voir avec une posture religieuse !

Les conditions de la généralisation de tamazight, au sens polynomique des variétés, pour le moment, posent problème pour le pédagogue qui doit faire la didactique qui l’accompagne et trouver l’enseignant compétent dans la variété concernée...
Je pense qu’il y a une espèce de dérive dans cette appellation de tamazight, car c’est une langue qui n’existe pas, mais qui pourrait exister en faisant un travail pour reconstruire une langue hypothétique qui aurait été la mère de toutes les variétés de tamazight...Cette idée est à évaluer sérieusement et de manière rigoureuse pour voir son éventuelle fonctionnalité sociale dans le marché linguistique et ses implications négatives ou positives sur les langues naturelles parlées par des locuteurs effectifs... sans s’arcbouter dans une posture de déni, sans se raidir intellectuellement, car l’objectif est grandiose : il concerne la survie de cette langue à travers le processus de son élaboration symbolique...


Selon l’Unesco, 3 000 des 6 000 langues existantes dans le monde sont menacées de disparition. Faut-il tirer la sonnette d’alarme ?
C’est un phénomène naturel. Il est quasiment impossible de préserver la totalité des langues, car c’est un phénomène concomitant à celui de la convergence de l’humanité. A l’époque, il existait beaucoup de langues et beaucoup d’Etats répartis sur des fédérations et des partis, chaque tribu et chaque clan avait sa langue, ce qui a fait que nous avions reçu en legs plus de 7000 langues.
Par le processus d’unification des Etats- nations, il était inéluctable que le nombre de langues diminue à l’échelle planétaire. Ces processus d’unification sont faits aux dépens des langues régionales et locales les moins parlées et les moins nanties dans le domaine de la production scientifique et intellectuelle.
Nous avons en effet assisté dans chaque nation à la prédominance d’une langue tandis que les autres ont régressé au point de s’exclure du domaine formel.
Certaines langues n’ont été parlées que par une dizaine de personnes qui finiront par les oublier. Actuellement, 2% des langues existantes sont parlées par 98% de la population mondiale. Les autres ont disparu, car on n’avait plus besoin d’elles ni pour communiquer entre soi, ni pour penser, ou travailler ni pour gérer une administration... Ainsi, des langues dominantes sont devenues des hyper-langues et les autres ont disparu au fil du temps.


Est-il suffisant pour une langue d’avoir un très grand nombre de locuteurs pour qu’elle garantisse sa survie ?
Oui, mais ce n’est pas suffisant. L’anglais et l’espagnol ont un grand nombre de locuteurs, mais cet élément n’est pas le seul garant de leur survie. Il est en parallèle primordial qu’une langue, pour qu’elle devienne fonctionnelle, ait une puissance économique, une puissance au niveau de la créativité industrielle, scientifique et intellectuelle.
Chez nous, la langue arabe ne produit pas de pensée scientifique, parce qu’il n’y a pas de laboratoire de recherche fonctionnant dans cette langue et nos universités sont sous domination du politique.
Tout le monde a certainement besoin de l’anglais, mais je me demande qui a besoin de l’arabe scolaire dans le domaine de la recherche scientifique qui n’est pas dynamique dans le domaine du savoir et les domaines élaborés. Quant aux autres, elles subissent progressivement une perte de domaine. C’est également le cas du français qui est un peu menacé dans le sens où certains domaines lui échappent un peu.


Quelle fonctionnalité peuvent avoir les langues de moindre diffusion ?
Elles ont une fonctionnalité essentielle qu’on ne peut remplacer. Elles sont expressives de l’affect. Jean Amrouche disait : « Je m’exprime en français mais je pleure en kabyle»; la langue maternelle, c’est l’affection, elle contribue à la constitution de la personnalité et du développement cognitif de l’enfant; un rôle fondamental et irremplaçable devant être pris en charge dans le système éducatif national.
D’ailleurs, quand un enfant va à l’école, il y va avec un bagage encyclopédique et linguistique porté par sa langue maternelle. C’est une violence gravissime lorsqu’un enfant se rend à l’école, dans un autre milieu qu’il considère hostile du fait de la rupture psychoaffective avec ses parents et son milieu habituel, et on lui ajoute la surcharge de lui parler avec une langue qu’il ne connaît pas et ne comprend pas! La fonction de la langue maternelle contribue, entre autres, à la formation de la personnalité et de l’identité et le maintien des partages communs avec des milieux qui ne lui sont pas hostiles.
Peut-on dire que l’Algérien méprise sa langue maternelle ? Les néoconservateurs en Algérie se sont acharnées contre Benghebrit qui a voulu introduire l’arabe algérien dans le préscolaire.
Par ignorance ou par idéologie, ils ont une vision de la langue sacralisée, parce que le Coran est écrit en arabe. Or, il a été aussi écrit en nabatéen. Dans une bibliothèque égyptienne d’Alexandrie, vous trouverez un exemplaire du Coran dont chaque page est écrite en nabatéen, et en face une page réécrite avec l’arabe aménagé du 8e-9e siècle. C’est une véritable stigmatisation de la langue que de réduire la langue arabe au sacré, car elle est aussi une langue de civilisation, de science et de pensée profane et philosophique qui sont aussi reprises dans les traductions syriaques des œuvres grecques.


Revenons-en au cas de tamazight qui est une langue de moindre diffusion. Que faire pour l’aider à intégrer les domaines formels ?
Quand une langue ne s’est jamais occupée du domaine formel et de la pensée élaborée, elle manque de concepts et de conceptualisation, ce qui fait qu’on ne peut pas l’utiliser immédiatement dans ces domaines, à moins de vulgariser l’expression de nos idées élaborées, nuancées et précises. Tamazight n’a pas les moyens de parler des domaines élaborés aujourd’hui, on reconnaît le constat que la langue est déficiente sur un nombre d’aspects dans le domaine élaboré, et c’est déjà un bon départ pour aller à leur conquête.
En Algérie, durant les 18e et 19e siècles, nous avions beaucoup de langues dont l’arabe algérien et les variantes du berbère. A l’indépendance, l’arabe scolaire a été imposé par l’Etat comme langue dominante. L’arabe scolaire a pris un pouvoir régalien et les autres langues ont baissé en termes d’intensité d’utilisation, à l’instar du touareg devenu moins fonctionnel. Son statut est défini par la loi. La langue est officielle, reconnue légalement, mais il faut qu’elle devienne nationale au niveau de la pratique.


Comment peut-on la rendre pratique ?
Le passage pour arriver à ce stade est la normalisation. Or, pour le moment, nous n’avons aucune institution de normalisation spécialisée. On n’a pas encore commencé le travail de normalisation sur des bases scientifiques contrôlées par une instance collective. Mais un travail non contrôlé méthodologiquement, une linguistique spontanée non fondée sur le savoir scientifique ne peuvent constituer un fondement sérieux pour une langue très fortement concurrencée sur ces domaines quand on est dans un pays plurilingue comme le nôtre. Mais il n’y a que l’arabe scolaire et le français qui sont utilisés dans le domaine formel et dans les rapports internationaux. De plus, il y a la dominance des hyper-langues qui font en sorte que les langues locales deviennent de moins en moins fonctionnelles.
Concernant le cas de tamazight avec ses nombreuses variétés, il n’y a qu’un seul créneau ouvert aujourd’hui, c’est l’enseignement. D’où l’urgence d’ouvrir des domaines d’employabilité diversifiés à même d’insérer les nouveaux diplômés dans la vie active.
Pour ces raisons, on ne peut pas dire que tamazight avance très bien. Il avance certes, mais il a juste gagné du prestige par rapport à la période où il était mal vu. Quand on l’officialise, mais qu’on ne le fait pas rentrer dans les institutions étatiques, les créneaux d’emploi et de travail restent extrêmement limités et ils resteront ainsi pendant très longtemps s’il n’y a pas une véritable et profonde refonte du profil de formation de la licence de tamazight. Une dose importante d’injection artificielle mène à la disparition d’une langue.
Il est donc nécessaire qu’on insuffle une dose homéopathique. Actuellement, on a des militants un peu pressés qui veulent, dans la précipitation, créer des mots. Si on accepte cette approche, on risque d’obtenir une langue totalement artificielle qui n’est pas parlée par les berbérophones, alors que la vitalité d’une langue est son locuteur. Ce n’est pas vrai, comme le prétendent les défenseurs de la langue artificielle et de la néologie spontanée, que le lexique inventé va, à force d’utilisation dans les supports médiatiques, s’ancrer dans l’esprit des gens.
Aujourd’hui, un tamazight artificiel menace les variétés maternelles naturelles de tamazight et constitue un grave risque de disparition pour ces langues. L’imposition d’une langue artificielle, comme le préconisent certains, finira par agir indirectement au seul profit de la langue dominante...


Le président du Haut conseil islamique a plaidé pour l’enrichissement de tamazight à partir de l’arabe. Qu’en pensez-vous ?
Il n’a absolument aucune compétence pour parler de la normalisation de tamazight. Le domaine de la langue a ses spécialistes que la formation prend beaucoup de temps à produire. Il est inacceptable qu’un religieux, parce qu’il est sur une position de pouvoir, vienne décider pour le processus de normalisation d’une langue.
Il serait primordial pour le président du HCI de maîtriser celui de l’Islam car ceux qui interviennent dans ce domaine ne le connaissent pas scientifiquement mais juste par croyance, alors qu’il leur faut une connaissance scientifique de l’anthropologie de la religion ou de l’histoire critique de la religion. Si l’on revient à la transcription de tamazight qui a fait couler beaucoup d’encre, le HCA a opté pour la transcription latine. Or, le HCA n’est pas une institution de normalisation, les inspecteurs et enseignants de tamazight ne le sont pas non plus. Une institution de normalisation qui comprendra un ensemble de spécialistes est la seule habilitée à trancher sur ce sujet. Le tamazight est une langue polynomique, chaque région berbérophone a une préférence pour un caractère particulier, pour des raisons de spécificités culturelles et historiques régionales. On ne peut pas raisonnablement les enjamber allégrement.
Pour ces raisons, on ne peut imposer un mode de normalisation parce que le principe est que l’Etat réponde à la demande sociale régionale et de sa variété et non imposer une variété pour tous les berbérophones qui n’est parlée par personne.
Il faut être vigilant pour maintenir la vitalité des variétés, car on ne peut les maintenir en vie en imposant une variété artificielle.
Je dirai qu’aussi bien le HCI que le HCA ne sont pas des institutions de normalisation spécialisées, la politique linguistique est du ressort de l’Etat et la planification, au sens de la normalisation, est du ressort de l’autorité d’une académie. Seule une Académie compétente et légitime peut décider sur des bases scientifiques sociologiques, historiques et linguistiques de la normalisation de la langue. 

Recueillis par Meriem Kaci

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