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Reporters - Filtrer les éléments par date : samedi, 01 novembre 2014

Quand on n’est pas historien et qu’un ami vous demande de parler des cinquante années de l’Indépendance, le premier réflexe est de dire non. On se pose ensuite la question de savoir ce que les gens que nous connaissons ont retenu de cette histoire. Cela donne ce regard d’une subjectivité assumée qui, au fond, ne s’éloigne pas vraiment de l’histoire objective.

En 1962, j’avais cinq ans. De la guerre d’indépendance, il ne me reste que quelques images fugaces, mais marquantes. Des soldats français en armes qui rentrent à la maison, font les gentils et nous donnent des bonbons que nous refusions avec véhémence. Mon grand frère et un cousin s’étaient laissés tenter une fois et avaient accepté du chocolat. Une seule fois. Une de trop. La punition était inévitable. Ils s’attendaient à la cravache avec ses lamelles de cuir qui ont viré au noir. Elle était constamment suspendue à un crochet sur le mur, comme un perpétuel avertissement. Mais la cravache resta à sa place. Mon oncle a choisi une autre forme de punition qui resta gravée dans les mémoires et dégouta pendant longtemps les « coupables » de tout ce qui avait un rapport avec le sucre et le sucré. Il rapporta un carton qui contenait au moins deux cents gaufrettes et leur a ordonné de les manger toutes sous peine de goûter à la cravache. Au début, cela leur parut un jeu plaisant. Mais au bout d’une vingtaine de gaufrettes, ils étaient déjà en pleine nausée, tandis que mon oncle se tenait, debout, intraitable. Il leur ordonnait de continuer puisqu’ils ne savaient pas se tenir devant les « askars ». Le supplice avec vomissements et pleurs dura longtemps. Jusqu’à ce qu’une tante décide de faire face à mon oncle et de lui dire que ça suffisait suffisait. Il suffisait en effet. Le message avait été renouvelé : on ne prend pas de sucreries chez les soldats de l’ennemi. Un autre souvenir est lié à la première fois où j’ai vu une télévision. C’était chez une branche de la famille qui travaillait dans le commerce et qui était relativement aisée. On était au début de l’année 1962. Nous avons été tous conviés à regarder la télévision qu’ils ont dû acheter en occasion chez un Européen qui quittait le pays. Un évènement. Rendu mémorable par un geste grotesque de l’aîné de la famille hôte. Au moment où un Français présentait des informations que nous ne comprenions pas, il s’était levé, s’est approché de l’écran et lui a craché dessus. « Pourquoi ? », avait dit son père dont les yeux lui sortaient de la tête. « C’est un gaouri ! », a-t-il répondu. Il a reçu une taloche que nous avons tous, même nous les petits, jugée amplement méritée. Après ce fut l’Indépendance.

Les « grands dadais » A Leveilley, qui deviendra par la suite Maqaria ou Magharia, voire Al-Megharia – l’appellation reste indécise et je ne m’explique toujours pas ce choix –, nous étions déjà à la marge de la commune d’Hussein Dey. Nous avons eu droit, en 1963, à la visite d’Ahmed Ben Bella qui a inauguré la cité, présumée de recasement provisoire, de Boumaaza. Elle est toujours là, cette cité provisoire. Surpeuplée et abritant déjà trois générations ou quatre, apportant un démenti continu à la promesse faite à l’aube de l’Indépendance. On se marchait dessus en 1963 pour pouvoir voir Ben Bella en chair et en os. Je ne l’ai pas vu. Mais j’ai senti ce passage fugace de l’autorité à un moment de grande innocence patriotique. Une année plus tard, en 1964 je crois, je l’ai ressenti d’une tout autre manière. Dans l’espace où sera construite par la suite la Grande Mosquée de Leveilley, la JFLN, jeunesse du FLN, avait établi ses quartiers. Ces jeunes devaient avoir dans les 18 à 24 ans et, dans nos yeux d’enfants, ils paraissaient des hommes murs qui plus est investis d’une grande autorité. Or, un jour, l’un de ces grands dadais de la JFLN a perdu sa montre et il a décidé que deux jeunes du quartier l’avaient volée. Il le passa à la question. Ils ont eu la totale : pendaison, coup de ceintures… Ils ont failli y rester. Ils ont été emmenés à l’hôpital où ils durent rester plusieurs jours. Dans le quartier, les gens parlaient doucement de l’affaire. En murmurant presque. Je pense qu’il y a avait, déjà, beaucoup de colère et déjà un «wache neqadrou ndirou » (que pouvons-nous y faire ?). L’affaire en resta là. Pour de bon. Les grands dadais de la JFLN disparurent de notre horizon. Sans doute ont-ils eu une « carrière » dans d’autres lieux. Aujourd’hui, a posteriori, je me dis que cette affaire « banale » de torture, de « dépassements », comme on continue de dire, pour une montre avait plus de signification au plan de l’histoire que le premier et ultime passage d’un président de la République dans notre zone. D’ailleurs, le putsch du 19 juin 1965 ne suscita aucun émoi particulier. On s’occupait de nos affaires, les grands dadais ne sont pas nos affaires. Nos parents trimaient. Ils voulaient qu’on s’instruise. Ils sentaient confusément que c’était l’unique planche de salut pour nous. Et nous avons étudié avec des fortunes très inégales. Ceux de ma génération qui sont arrivés à la faculté sont peu nombreux. Et, jusqu’à aujourd’hui, alors que le savoir s’est considérablement dévalorisé au profit du « beznesse », on les regarde avec un certain respect.

Sous Boumediene rien ne se passait, en apparence Ces années Boumediene nous parurent, par la suite, comme une période étonnante où rien ne se passait et où rien ne pouvait se passer. Beaucoup de gens de Leveilley suivaient avec attention les discours de Boumediene plus fascinés par sa capacité à algérianiser la langue arabe, à la rendre accessible, qu’au contenu. Les plus âgés haussaient déjà les épaules. Pour des raisons terre-à-terre et non parce que des cheikhs religieux téméraires osaient critiquer le socialisme impie. Certains de ces cheikhs passaient en effet dans des cercles privés et disaient tout le mal qu’ils pensaient de Boumediene. Mais ils « passaient ». Ce qui deviendra par la suite l’islamisme ne commencera vraiment à « s’installer » qu’avec l’apparition des premiers frérots, les ikhouane, les FM. Si le discours bien rodé de Boumediene ne passait pas chez ces anciens, c’est parce qu’ils avaient assez vécu pour comprendre qu’un discours ne remplit jamais le vide. Ils voyaient que la démographie du quartier explosait, alors que Boumediene, qui avait sa propre vision, ne faisait pas du logement une priorité. C’était le début de l’entassement. Il dure encore. Et je pense que cette impasse du logement qui a entravé tant de vies aura été l’échec le plus lourd, celui qui créera la vague FIS… El Moudja !

Les années étranges qui firent la vague Une vague qui, dans notre quartier, déborda totalement les premiers « frérots » historiques. Ils parurent, en temps de colère sociale sublimée dans la religion, des mollassons… Mais restons dans la chronologie. Après la mort de Boumediene vinrent les années Chadli et… du FLN. Les grands dadais de la JFLN émergeaient à nouveau. Vingt ans plus tard, ils devenaient plus visibles. Plus envahissants. Cible de « proximité » des colères contenues. Des hommes sans aucun talent particulier, mais qui s’enrichissaient, par le miracle de l’accès privilégié à différentes sortes de « bons », la voiture, le ciment et tout le toutim… On les voyait réapparaitre, « grossir » avant qu’ils ne partent, ailleurs, se mettre au standing de la « villa » et de la « Honda ». Et ils laissaient derrière eux de nouveaux « grands dadais » bien décidés à emprunter, sans les autres, sans nous, la voie royale de la promotion par le « parti ». Ce sont des années étranges. Une sorte d’accumulation tectonique d’une énergie qui attendait le moment de se déverser. L’action préventive du régime a consisté à construire une grande caserne de police entre Leveilley et hôpital Parnet… On eut droit aussi à ces étranges « campagnes d’assainissement ». Des rafles, tout simplement. Un jour, j’ai été « raflé » dans le quartier de Brossette, alors que je revenais de la fac. Il n’y avait ni émeute ni manifestation. Rien, juste des gens qui passaient par là et qui étaient embarqués dans un panier à salade qui sortait avec la mission de se faire remplir. Les gens étaient mis en cellule au niveau du commissariat central. On les faisait poireauter pendant des heures. Et puis, après des questions sommaires – ils n’avaient rien à leur reprocher – on les « libérait » avec la formule à rendre furieux même les plus sages : « Cette fois-ci, je te laisse partir, mais ne recommence pas ! » C’est ainsi que l’Etat, qui pressentait que les choses n’allaient pas, manifestait son « autorité ». Une action prévention faite de la manière la plus fruste et la plus absurde qui soit. L’enrichissez-vous, version accumulation primitive à l’algérienne, suscitait des frustrations portées à l’incandescence par le problème du logement qui rendait impossible tout projet de vie normale. Les quelque « FM », qui opéraient en douceur sous Boumediene, firent de nombreux petits. Les barbes islamistes commençaient à fleurir, et les quelque progressistes, comme on les appelait à l’époque, ceux qui étaient au PAGS ou dans ses parages, commençaient à se sentir mal dans leur peau. Tout cela devait mal finir. Et cela a mal fini en octobre 1988. La peur, partout A Leveilley, il n’y avait rien, sauf un dépôt des galeries algériennes où les jeunes ont débarqué et se sont servis. Après ce fut l’accélération. Notre quartier a basculé dans la vague FIS. Il devenait un « bastion ». Des jeunes, qui avaient quitté l’école depuis longtemps, s’alphabétisaient sommairement et décrétaient ce qui était licite ou non. Et ce ne sont pas les plus instruits qui prenaient les devants, mais les plus durs, les plus violents. Il y avait toute une accumulation de frustration qui attendait sa revanche. Le FIS n’avait jamais, malgré les prétentions « éducatrices » dont se prévalait Abassi Madani, contrôlé la vague. C’est la vague qui décidait du mouvement. Tout allait crescendo. Et le 27 décembre 1991, au lendemain du raz-de-marée électoral, même chez les plus agités, on a ressenti, de manière presque palpable, l’inquiétude des lendemains troubles. « Ils ne l’accepteront jamais », disaient déjà les plus lucides. Ils. C’est les gens du pouvoir. Les grands dadais de toujours. Etait-il possible de stopper la mécanique implacable qui mena les jours suivants le pays et le quartier dans une guerre civile qui traversa même les familles ? C’est une question que la loi sur la réconciliation interdit pratiquement de poser. Les choses se sont emboitées avec une telle rapidité que j’en tire une conclusion provisoire : la peur était partout, dans les quartiers populaires comme dans les quartiers de l’Etat. La peur guidait les actions et les réactions. Rares sont ceux qui réfléchissaient.

RAS … en surface L’un des premiers morts de cette décennie fut un jeune garçon de Leveilley. C’était dans ce qui fut appelé la « guerre des mosquées ». Une balle perdue qui frappe un enfant curieux. J’avais écrit à l’époque, dans le Jeudi d’Algérie, un article intitulé : « Maqaria, un mort, un quartier blessé ». Le pire était à venir. Le pire est venu et dans le quartier, on n’en parle pas. On ne verbalise pas. C’est une guerre civile avec un nombre exorbitant de victimes, mais sans aucune culpabilité-responsabilité assumée. Le silence ne guérit pas. Il suffit de tendre l’oreille pour savoir que cette décennie terrible et traumatisante est toujours là… La dernière fois que Maqaria a eu droit à l’intérêt de la presse, c’est pour une histoire de football. Une bataille rangée entre supporters de Kouba et d’Hussein Dey. Un guet-apens. Plusieurs jeunes du quartier se sont retrouvés en prison. Il y a eu quelques manifestations de protestation, une route coupée. Puis le calme. R.A.S. Aujourd’hui, les choses semblent apaisées. En surface. En surface seulement…

Ahmed Selmane, journaliste

Publié dans Der

Cette communication se propose de questionner la photo des six chefs du FLN, qui aura été l’un des premiers marqueurs visuels de l’insurrection algérienne. Aucune indication n’est venue, depuis, éclairer le choix des fondateurs du FLN de fixer par l’image leur regroupement, au demeurant décisif pour le cours des évènements. Il semble acquis que la photo ait été prise chez un photographe de l’avenue de la Marne, en date du dimanche 24 octobre (1) et tout semble indiquer que l’objectif était d’abord de fixer par l’image un moment qu’ils savaient exceptionnel en ce sens qu’ils n’avaient plus, d’une part, la certitude de pouvoir se retrouver - même s’ils se sont formellement donné rendez vous en janvier 1955 à Alger -, et d’autre part, ils savaient ne plus être totalement maîtres du mouvement, au lendemain du déclenchement de l’insurrection. Alors même qu’elle devait apparaître, par la suite, comme une photo augurale, fondatrice plus précisément, tout se passe en fait comme si le cliché sanctionnait une fin de cycle, un long travail d’élaboration, de mise en place, et à sa manière, cette photo confirme aux six hommes face à la chambre noire de l’objectif que ce temps est révolu, qui les a inscrits désormais dans une tension inédite qui précède l’acte fondateur d’une résistance armée requise, projetée, fantasmée, principalement au sein de l’organisation spéciale. Et cette résistance armée, ils viennent d’en décider, d’en fixer les termes, les territoires, les objectifs.

1. La question de l’incarnation du FLN Les six avaient-ils, au moment où le photographe fixe leur pause, le sentiment qu’ils se projetaient aussi dans l’imaginaire de la guerre, dont ils venaient d’arrêter les premières actions ? En d’autres termes, s’étaient-ils aussi assignés de donner figure à un FLN pour un temps réduit à un sigle et à de spéculations ? Rien, en tout cas, ne permet de valider la thèse d’une posture délibérée d’incarnation du FLN que le cours de la guerre devait objectivement assigner à la photo. Nous ne disposons - en tout cas pour ce travail - d’aucune information relative à la sortie de la photo, sinon que la source de sa diffusion devait être dans la proximité des fondateurs. Il faut revenir au lendemain du lancement de l’insurrection pour mesurer la charge informative et symbolique du cliché du 24 octobre. Même si Jean Vaujour, directeur général de la Sûreté en Algérie, assure, dans ses mémoires (2), être quasiment au fait des préparatifs de l’insurrection, les réactions officielles des autorités comme la couverture de la presse d’Algérie et de France signalent bien le choc de l’imprévu et le recours aux méthodes répressives accréditées. Ainsi, le MTLD - pourtant publiquement éclaté en deux entités politiques opposées depuis les tenues des congrès d’Hornu et de Belcourt - est dissous et ses cadres arrêtés, sans distinction d’appartenance. La presse européenne désigne clairement le coupable : Messali Hadj, alors même que le vieux leader, résistant aux appels de ses proches - et y compris de ceux qui contestaient sa volonté de contrôle exclusif du mouvement, des délégations multiples lui avaient été envoyées - de donner le signal du début de la lutte armée, privilégiait désormais la démarche légaliste pour une Constituante algérienne. Ce décalage dans la perception des origines de l’insurrection et de ses promoteurs atteste sans doute de la vigilance des fondateurs, qui, par ailleurs, avaient pu évaluer, le 22 octobre, la pertinence des mesures de sécurité arrêtées. L’avènement impromptu de la photo des « Six », qui devaient d’ailleurs être un temps identifiés par ce chiffre, a aussitôt vertu de recadrer le traitement politique et médiatique de l’insurrection, même si l’invention du « groupe des neuf » - les fondateurs auxquels se joignent les trois membres de la délégation extérieure du Caire, Aït Ahmed, Khider, Ben Bella - ouvre droit à la thèse récurrente de la main égyptienne. En tout état de cause, la photo donne vie et corps au FLN distinct du MTLD, marquant bien l’ouverture d’une nouvelle séquence dans le cours de la revendication nationale. Certes, il convient de ne pas perdre de vue l’impact de la proclamation du 1er Novembre, qui demeure au fondement de l’insurrection et au principe de la première communication du FLN.

2. Ce que dit la photo des Six Le première observation est que la photo visualise le FLN, l’intègre dans le système d’information et sans doute dans l’imaginaire, et pour longtemps, celui des Algériens. Prennent-ils la pose devant l’objectif et leur placement fait-il sens ? Il est quasiment impossible de répondre et il ne semble pas que l’épisode, au-delà de son inscription dans la logique de la guerre, ait fait l’objet de commentaires de la part des survivants. On le saura par la suite - puisque le cliché sera abondamment commenté, diffusé, analysé - l’âge de chacun d’entre eux, natifs des années vingt, à l’exception de Boudiaf, leur origine géographique – quatre Estiens pour un Algérois et un Kabyle – majoritairement issus de l’organisation spéciale. Leur tenue retiendra nécessairement l’attention. Ils sont tous costumés et portent cravate. Les lectures de la photo s’accordent à mettre en exergue son côté banal, en somme, sa conformité aux normes. Il s’agit bien d’un groupe sans originalité et au mieux de représentants d’une petite bourgeoisie indigène, soucieux de valider leur adhésion à un mode de vie et de fixer par l’image une forme d’intégration dans la société dominante. Il faut bien entendu s’arrêter sur le costume et ce qu’il peut dire. N’oublions pas qu’il s’agit de clandestins – Krim tient même le maquis depuis 1947 - qui doivent leur survie à leur extrême vigilance et notamment à leur capacité à se fondre dans les foules et à ne pas retenir le regard. De ce point de vue, le costume, qui n’est pas l’habit de référence des plus larges couches d’Algériens, tient lieu d’une manière d’uniforme du clandestin qui, s’il le distingue de ses coreligionnaires, le rapproche des normes de l’altérité européenne. En somme, comme un poisson – algérien - dans une eau européenne, qui peut voir une gratification de son mode de vie. Ainsi donc, est-ce bien des clandestins qui fixent l’objectif du photographe.

3. Une incarnation en rupture Quelle qu’ait été la raison qui avait conduit « les six » à prendre ce cliché et quand bien même ne pouvaient-ils pas en projeter, l’usage qui en sera fait, ils allaient de fait proposer une première incarnation du FLN - d’autres s’y rajouteront au cours de la guerre - dont il est intéressant de relever qu’elle introduit une rupture dans l’iconographie nationaliste dominée par la figure du zaïm, sa célèbre gandoura blanche, sa chéchia rouge et sa canne. Le décalage - qui prolonge les divergences politiques - entre la photo des Six et celles de Messali Hadj sanctionne un changement de socle dans la symbolique de l’enracinement. Au choix de Messali pour un costume et un ensemble de signes consacrant l’enracinement algérien répond l’affichage d’un socle urbain moderne des fondateurs du FLN. Ce déplacement est aussi représentatif du mouvement même de la société algérienne et plus singulièrement de l’ancrage de plus en plus urbain du nationalisme. Différence enfin de générations, de trajectoires plus ancrées à l’intérieur même de la société algérienne pour les six, d’abord informée par le militantisme au sein de l’émigration pour Messali Hadj.

Madjid Merdaci, historien.

Publié dans Grand angle

Dans l’historiographie de la guerre de Libération nationale, il y a un document à part : la photo des Six. Dans quelles circonstances cette photo a été prise ? Sait-on pourquoi elle a été prise ? Pourquoi sont-ils six et pas neuf ? Et que dit précisément cette photo sur l’origine des déclencheurs de la révolution ? Madjid Merdaci : La photo, assez généralement ignorée et relevant encore du travail de spécialistes, est pourtant une source précieuse pour la recherche historique. La photo dite « des Six » constitue une séquence singulière de la guerre d’indépendance, d’abord en ce qu’elle donne à voir, et notamment des visages au FLN. Tout semble s’être passé comme si, pour les fondateurs, qui se présentent au studio photo de Bab El Oued, cette pose procédait de l’ordre de la nécessité, parce qu’ils n’avaient plus de certitude de se revoir, mais aussi, ils étaient conscients du caractère exceptionnel du moment, puisqu’ils venaient de lancer le compte à rebours de l’insurrection. On peut être frappé, au strict plan de l’image, du passage de photos de police - qui les concernait tous - à la pose de petits bourgeois que l’on penserait en goguette. Si l’œil du photographe fixait, somme toute, une scène banale de la vie algéroise, comment ne pas imaginer où les six portaient leur regard et leurs pensées. Y avait-il aussi un goût de défi dans le choix de rassembler la direction du Front naissant devant l’objectif d’un photographe ? Sans doute. Restons sur cette photo… Les six ne portent ni le costume des oulémas ni la tenue « mixte » des citadins, qui portent chéchia et costume européen. Ils portent encore moins le kamis, mais de vrais « costards » de l’époque et donnent l’air d’être de petits citadins presque embourgeoisés. Y a-t-il un sens historique à dégager de cette interprétation ? La photo des Six n’a pas été connue tout de suite, mais sa publication confirmera l’identité et le statut de ceux qui avaient décidé des actions du 1er Novembre, et ce n’était pas, comme la presse européenne d’Algérie l’avait décliné sur tous les tons, Messali Hadj. Bien sûr, les costumes des Six rompaient, et d’évidence, avec le burnous et le kabous rendus célèbres par Messali, et quand bien même cela ne relevait pas d’une démarche déterminée, cela n’en fait pas moins sens. On peut y voir, d’une part, un passage de générations militantes et d’enracinement symbolique, et d’autre part, autant le costume de Messali - et je veux ici renvoyer à l’analyse qu’en donne mon ami Omar Carlier - a un coefficient identitaire militant, autant les costumes des Six disent une manière de désir d’intégration dans l’altérité européenne. De ce point de vue, comment ne pas souligner que l’une des garanties de la sécurité des clandestins était de ne pas attirer l’attention, d’être en somme comme un poisson dans l’eau, et la photo des Six parle moins de révolutionnaires que de petites gens acquis aux valeurs de la société européenne. Sauf rectification de votre part, il n’y aura plus de photographie de ce type, on parle de la photo de studio, où l’idée de mise en représentation est clairement annoncée, même après 1962. Pour quelle raison ? Est-ce que parce que c’est la guerre qui fait la photo ? La photo du maquis a-t-elle remplacé définitivement celle du studio, qui sera la métaphore d’un lieu de représentation après la réflexion ? A bien y voir, la lecture de la photo des Six pose un sérieux problème à la recherche historique. Le spécialistes parlent désormais de « fondateurs » - et pas d’historiques - et c’était bien le statut des Six, première direction du FLN. Quid alors de la délégation extérieure du Caire? A-t-elle seulement été informée - par Boudiaf particulièrement - des décisions arrêtées par les Six ou a-t-elle peu ou prou pesé sur le cours du lancement de l’insurrection ? Le cours de la guerre d’indépendance a, pour sa part, vite tranché. Il n’y aura pas de photo des « neufs ». Nous n’avons pas, non plus, sauf erreur de ma part, de photo d’un de ces chefs en situation de meeting ou d’acclamation par la foule. On peut comprendre que parmi eux, certains vont mourir dans le champ de bataille dès 1955 et que d’autres resteront dans le secret des maquis. Mais est-ce là l’unique raison ? Des historiens français - Stora, Mauss Copens - se sont intéressés aux photos des soldats du contingent français engagé en Algérie. Je peux au moins signaler l’existence, occultée, de photos de nos djounoud dans les maquis, qui pourraient être une source précieuse pour la recherche. Revenons maintenant aux figures fixées sur la photo… Hormis ceux qui sont morts au champ d’honneur, quelle appréciation peut-on faire de leurs parcours et trajectoires somme toute divergents après 1962 et en quoi sont-ils historiquement significatifs après 1962 ? Il s’agissait d’une guerre d’une certaine manière inédite, par ses acteurs, ses territoires, ses enjeux, sa longueur, et qui aura convoqué comme jamais auparavant les médias internationaux (image, la photo). Et je pense ici au travail pionnier de Mohamed Kouaci - et dont la singularité résidait aussi dans le système d’échanges complexe entre un appareil dirigeant excentré, une société mutilée et des maquis confrontés aux duretés de la guerre. Nous avons encore à approfondir nos analyses sur le sujet. Didouche est tombé au combat le 18 janvier 1955, Ben Boulaïd a été victime d’une opération spéciale en mars 1956 et Ben M’hidi a été assassiné en mars 1957 dans les conditions que l’on sait. Bitat a été arrêté en mars 1955 et Mohamed Boudiaf en octobre 1956. Krim a quitté Alger en mars 1957, au lendemain de la grève des huit jours. La « collégialité » de cette photo tranchera avec les portraits géants de Ben Bella, puis de Boumediene après juin 1965. Cette remarque vous semble-t-elle pertinente et en quoi pourrait-elle témoigner de l’entrée de l’Algérie dans une autre histoire après 1962 ? La collégialité est un principe souvent revendiqué, elle n’a pas interdit les divergences, les ambitions et les querelles de pouvoir, notamment au sein des directions du FLN. C’est aussi de cela qu’est faite notre histoire et nous devons d’abord la connaître et ensuite l’assumer. J’ai, pour ma part, toujours soutenu que je n’avais ni peur ni honte de cette histoire et particulièrement de l’histoire de notre guerre d’indépendance.

Madjid Merdaci Historien et sociologue, maître de conférences à l’université Mentouri de Constantine et docteur d’Etat en sociologie.

Publié dans Grand angle

L’APN a adopté à la majorité le projet de loi de finances de 2015. C’était prévisible. Le projet charrie exonérations et allègements fiscaux au profit des entreprises, notamment dans le domaine productif. De même, il comporte une disposition tant attendue : la suppression de l’article 87 bis du Code du travail, une mesure saluée par les députés lors des débats en plénière.

Le projet de loi y consacre sept milliards de dollars, une enveloppe destinée aux bas revenus, qui seront ainsi majorés à compter de janvier prochain. L’Etat fait-il montre de générosité ? Pas tout à fait, il continue, au détour de dispositions consignées dans des lois de finances, de piocher dans la poche des salariés. La preuve, le timbre fiscal du passeport biométrique, une taxe qui va rapporter gros à l’Etat, a été adopté. Certes, des députés parlementaient dans les coulisses de l’Assemblée avaient fini par faire amender cette disposition, une victoire étriquée en fait, puisque la taxe à controverse n’a été réduite que de quatre mille dinars, passant de dix mille à six mille dinars. Le timbre fiscal du passeport coûtait 2 000 DA. Il a été ainsi relevé de 70%. Le nouveau ministre des Finances n’a pas tout perdu, en réalité, dans un hémicycle où les jeux d’alliance ne sont pas matures. De cette loi, les députés retiendront toutefois quelque chose « de positif », l’abrogation d’une loi vieille de plus de vingt ans. Pourtant, le 87 bis ne va pas opérer une « révolution » spectaculaire dans les grilles des salaires, caractérisées aujourd’hui par un tassement nuisible au pouvoir d’achat, dans un marché ouvert au quatre vents. Il ne va pas non plus atténuer les disparités salariales, qui se creusent à mesure que les salaires augmentent. L’écart diffère d’un secteur à un autre. Il est prononcé dans certaines filières, il l’est beaucoup moins dans d’autres. Les disparités sont, et le mot n’est pas très fort, abyssales entre les multinationales opérant dans le pays et les entreprises nationales, tous secteurs confondus. Cette situation, les cadres pétroliers ou banquiers, par exemple, la connaissent bien pour l’avoir vécue. Il est des banques et des établissements financiers publics où des cadres responsables continuent de percevoir des salaires à cinq chiffres. Parce que des opportunités s’offrent à eux, certains d’entre eux n’ont pas hésité à « migrer » vers des banques étrangères qui leur offrent une meilleure rémunération, des salaires à six chiffres (de 200 000 à 250 000 DA par mois). Même constat dans les hydrocarbures, où de hauts cadres de Sonatrach se font recruter par des multinationales qui disposent de points de chute en Algérie ou pas. Disparité également dans le corps technique où le privé paie mieux que le public et la Fonction publique. A compétence égale, deux ingénieurs, l’un travaillant dans une entreprise publique, l’autre dans une société privée, ont un salaire totalement différent. Dans certaines filières privées, et seulement dans certaines filières, le technique est mieux loti, parce que la compétence relève du négociable au propre. Dans d’autres branches, la compétence est « monnayée », ou presque. Dans d’autres secteurs privés, dans le gardiennage, par exemple, il est des employés à qui on donne 15 000 DA, alors que la société se fait énormément d’argent. Les disparités évoquées continuent, car la réglementation relative à la rémunération ne s’applique pas à tous de la même manière. Le public est beaucoup plus regardant sur la législation, le privé un peu moins. La loi de finances 2015 prévoit des recettes budgétaires de 4 684,6 milliards de dinars et des dépenses publiques de 8 858,1 milliards de dinars, soit un déficit budgétaire de 4 173,3 milliards de dinars, l’équivalent de 22,1% du PIB, c’est énorme. Cette loi n’est pas différente des précédentes. Elle est dépensière. Elle table sur une croissance économique globale de 3,42% et de 4,25% hors-hydrocarbures et sur une variation de l’indice des prix à la consommation de 3%, contre 3,5% en 2014.

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A l’occasion de la visite de la délégation d’hommes d’affaires algériens aux Etats-Unis, menée par le ministre de l’Industrie du 27 au 30 octobre, trois accords de partenariat ont été conclus. Le groupe privé algérien spécialisé dans les services pétroliers, Red-Med, a signé, jeudi à Washington, un accord de partenariat avec la chaîne internationale d’hôtellerie (Mariott) portant sur la réalisation de six établissements hôteliers de trois étoiles en Algérie pour un investissement de 50 millions de dollars. Le patron de Red-Med, Abdelmadjid Fechkeur, a déclaré en marge de la cérémonie de signature de ce partenariat que la première phase de ce projet concernera la réalisation d’un hôtel de trois étoiles dans la wilaya d’Adrar, précisant qu’ils ont ciblé les zones industrielles et portuaires pour la construction de ces hôtels. De son côté, Eric B. Jacobs, directeur de développement de la chaîne Mariott, a affiché sa satisfaction quant à la conclusion de cet accord, soulignant que cet investissement consolidera la présence de son groupe en Algérie. Par ailleurs, le groupe Amimer Energie et la firme américaine Estech ont également conclu un mémorandum d’entente portant sur le montage à Blida d’une usine de fabrication d’équipements de filtrage électrique. Cial Pharma, filiale du groupe ETRHB, et l’Américain Varian Medical Systems ont signé pour leur part un accord pour l’acquisition de systèmes de radiothérapie. Cependant, d’autres accords devraient être finalisés à partir du début 2015, à l’image du partenariat entre le groupe de gestion agricole intégrée (GG Filaha) et la compagnie américaine AGCO portant sur le développement du machinisme agricole en Algérie et l’introduction des nouvelles technologies dans le secteur, a précisé le patron du groupe algérien fondé en 2010, Abdelmalek Sahraoui. Un accord de partenariat dans le secteur de l’automobile sera également conclu l’année prochaine, a annoncé le patron de l’ETRHB, Ali Haddad. Il s’agira d’un accord entre son groupe et une grande firme américaine, a-t-il informé sans donner plus de détails.

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Al Qaïda veut-elle ouvrir un nouveau front au Niger ? Si les attaques simultanées de trois cibles dans le Nord-Ouest du Niger visaient à faire diversion pour libérer un terroriste dans la prison de Ouallam, cette tactique n’explique pas les risques pris par un groupe terroriste réduit et encerclé dans une région ouverte. A moins que l’organisation responsable de ces attaques vise à ouvrir un nouveau front au Niger, afin, d’une part, de disperser les forces africaines et françaises stationnées dans la région et, d’autre part, se rapprocher des frontières libyennes, pour s’approvisionner plus facilement en armes et en munitions et, le cas échéant, utiliser le Sud de la Libye comme refuge. Mobiliser trois groupes terroristes pour libérer un prisonnier ne peut avoir qu’une explication : élargir la zone d’instabilité et d’insécurité dans l’espace du Sahel, au moment où le Mali enregistre un calme relatif et un progrès dans les négociations d’Alger. Les troubles politiques au Burkina Faso risquent d’évoluer également vers une instabilité qui constituerait une menace sérieuse pour la sécurité du pays. Plus au sud, le Nord du Nigéria est pratiquement sous le contrôle de Boko Haram qui sème la terreur et le désordre. Les groupes terroristes opérant dans l’espace sahélo-saharien tirent des profits énormes de leurs trafics dans cette immense région de non-droit et qui échappe à tout contrôle. Si la paix et la sécurité sont rétablies, les pertes seraient considérables pour eux. C’est pourquoi ils feront tout, non seulement pour entretenir le chaos et le désordre, mais pour élargir sa sphère aux maillons faibles de la région. Ainsi, dans l’espoir de saper les négociations intermaliennes d’Alger, le MUJAO a  mené une attaque le 3 octobre dernier tuant neuf soldats nigériens de la Mission de l’ONU au Mali. L’attaque a été menée par des hommes armés circulant à motos près de Gao, dans le Nord du pays. Le même procédé a été utilisé jeudi dernier à l’aube, lors d’attaques simultanées menées par trois groupes lourdement armés et circulant à motos, contre trois cibles différentes dans le Nord-Ouest du Niger, jusque-là, plus ou moins épargné par l’activité terroriste. Neuf membres des forces de sécurité nigériennes ont été tués jeudi dans plusieurs attaques simultanées «d’éléments terroristes» dans la région de Tillabéri (ouest), proche du Mali, ont annoncé dans un communiqué conjoint les ministères de la Défense et de l’Intérieur. Bilan : cinq policiers, deux gendarmes, deux gardes nationaux ont été tués, ont-ils indiqué. «Deux gendarmes, un policier et un garde ont été blessés», ont-ils précisé, faisant aussi état d’«un gendarme, un garde et un policier portés disparus». Le communiqué ne précise pas l’identité des assaillants et les attaques n’ont pas encore été revendiquées, mais la signature du MUJAO est manifeste. Les attaques de jeudi ont visé le poste de sécurité du camp de réfugiés maliens de Mangaïzé, la prison de Ouallam ainsi qu’une patrouille militaire à Bani Bangou, localités toutes proches du Mali. «Plusieurs prisonniers se sont évadés» de la prison de Ouallam, une ville située à moins de 100 km au nord de Niamey, selon le communiqué. A Mangaïzé, «les premiers tirs ont retenti vers 05H00 du matin (04H00 GMT) du côté du poste de sécurité du camp des réfugiés et se sont ensuite vite intensifiés», a affirmé à l’AFP une source humanitaire qui travaille sur le camp qui accueille depuis 2012 plus de 6000 réfugiés maliens. «Dès les premiers coups de feu, les réfugiés ont commencé à fuir vers le village», a-t-il expliqué. «Le poste de gendarmerie du camp des réfugiés a été attaqué, mais sans faire de victime parmi les réfugiés qui se sont dispersés», a déclaré à l’AFP un responsable du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) à Niamey. Un habitant a indiqué à l’AFP que «les assaillants sont venus sur huit motos», et «sur chaque moto il y a deux personnes». «Ils criaient ‘’Allahou Akbar !’’», a raconté un fonctionnaire de Mangaïzé sur une radio locale. Après l’attaque du camp, «les assaillants ont paradé dans le village sur leurs motos», avant «de repartir vers le Mali d’où ils étaient venus», selon la source humanitaire. «Le calme est revenu en milieu de matinée, mais tout le monde a peur», assuré à l’AFP un commerçant local. A Ouallam, «des hommes lourdement armés sont venus à bord de véhicules et ont attaqué vers 05H00 locales la prison pour libérer un de leur camarade détenu», a affirmé un riverain de la prison sur «Anfani», une autre radio privée. «Après avoir soustrait leur camarade, ils ont ordonné à tous les autres détenus de partir», a-t-il ajouté. «D’importants renforts» sont envoyés dans la zone «pour poursuivre» les assaillants, selon une source sécuritaire. Au Mali, les groupes islamistes armés utilisent fréquemment des motos pour mener leurs attaques contre les forces de sécurité locales et internationales. Le Mujao, lié à Al-Qaïda, a souvent recours à cette méthode qui lui permet d’attaquer ses cibles et semer les forces de sécurité en cas de poursuite.  L’Algérie a fermement condamné, hier, ces attaques terroristes et présenté ses condoléances aux familles des victimes, au peuple et au gouvernement nigériens. « Fort de la détermination de l’ensemble des pays de notre région sahélo-saharienne de ne faire aucune concession au terrorisme et à la barbarie, nous réitérons notre engagement à continuer à agir de concert avec le Niger et tous les autres partenaires régionaux et internationaux pour débarrasser définitivement notre espace commun de ce fléau », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires Etrangères, Abdelaziz Benali Cherif.

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Le 1er Novembre restera sans doute pour longtemps une date phare et charnière de l’histoire de l’Algérie. La célébration du déclenchement de la Révolution, dont nous fêtons aujourd’hui le soixantième anniversaire, demeure un des référents fondamentaux pour la Nation algérienne. Dans son message adressé à la nation hier, à l’occasion de la commémoration du 60e anniversaire de l’appel à la révolution armée du 1er Novembre 1954, le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, a rappelé avant tout la capacité d’une poignée d’hommes à fédérer tout un peuple derrière une cause commune, l’indépendance et la souveraineté du pays, car munis « d’un plan élaboré, imprégnés de hautes valeurs humaines et d'une maturité politique certaine». « La Révolution fut l'événement qui transcendera l'impossible pour différencier deux époques que seules la volonté et la détermination d'une poignée d'hommes issus d'un peuple résolument décidé à recouvrer sa liberté et sa souveraineté rapprochaient », écrit le Président dans son message adressé au peuple algérien, non sans rappeler les conditions difficiles et extrêmes dans lesquelles «le combat libérateur est intervenu après des décennies d'un colonialisme qui a manié le sceptre de fer d'un despotisme sauvage, sans précédent, confisquant à ce peuple toute dignité et tout repère spirituel et matériel, pour se convaincre de sa mainmise définitive sur l'Algérie et sur ses richesses ». « Dans un contexte particulièrement difficile, ces hommes sont parvenus, grâce à un plan élaboré, imprégné de hautes valeurs humaines et d'une maturité politique certaine, à imposer la volonté du peuple. Ainsi a retenti à travers le monde l'écho d'un événement majeur, s'étant produit en Algérie, la Révolution populaire qui s'est assignée l'objectif de briser le joug colonial et de recouvrer la souveraineté et la dignité du peuple », a-t-il poursuivi. Dans son message également, le Président souligne que « le vaillant peuple algérien a livré un modèle de résistance qui balisera la voie de la libération aux populations opprimées dans les quatre coins du monde », et de relever le soutien que la cause nationale a obtenue auprès des « hommes libres de la planète (et) des pays frères et amis », contribuant à sept années et demie de lutte pour venir « à bout de l'oppresseur ». A travers son message, le Président appelle tous les Algériens, quelles que soient leurs positions, leur catégorie sociale ou leurs sensibilités, à tirer les enseignements de «Novembre » pour se « tourner vers l'avenir, un avenir prospère où le développement connaîtra son plein essor et où les réalisations et acquis seront préservés ». « Cet objectif sera atteint par la consécration du sens du sacrifice pour une Algérie sûre, unie, souveraine et forte, notamment dans ce contexte marqué par un bouleversement des valeurs et dans lequel la discorde a frappé bien des nations et des peuples en proie aujourd'hui à la division et au déchirement », écrit encore le Président. Un appel à la vigilance dans une Algérie cernée par des frontières instables, propices à tous les dangers, en tête desquels le terrorisme transnational pour lequel le pays a déjà payé un lourd tribut durant plus d’une décennie. A ce propos, le président Bouteflika rappelle une nouvelle fois que « le peuple algérien, forgé par les expériences et les épreuves qu'il a endurées et conscient des dangers qui pèsent sur le pays et sur la région, n'hésitera pas à se dresser contre toute velléité d'attenter à son unité et à ses constantes. (…) Il repoussera toute menace à sa sécurité et sa stabilité et poursuivra infailliblement sa marche sur la voie du développement et du progrès en œuvrant à la mise en place des règles d'une démocratie véritable, d'une justice globale et d'un développement durable qui renforceront son immunité». « Novembre restera à jamais synonyme d'espoir et d'espérance. Le peuple algérien peut s'enorgueillir que ces efforts consentis aujourd'hui tant sur le plan interne qu'externe soient à la hauteur des exploits de Novembre. Il est en droit également de se féliciter de son rang parmi les nations, qui lui permet d'aller vers de plus grandes ambitions », poursuit le chef de l’Etat. Avant de conclure : « Je présente mes chaleureuses félicitations à tous les enfants d'Algérie à l'occasion du soixantième anniversaire du déclenchement de la plus illustre des révolutions. »

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Attentatoire à l’histoire, est la fresque réalisée à la mémoire des cinq colonels de la région de Draâ El-Mizan (ex-commune mixte durant la période coloniale) dans la wilaya de Tizi-Ouzou, à l’occasion de la commémoration du 60e anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération nationale. Des portraits de Krim Belkacem, Amar Ouamrane, Ali Mellah, Slimane Dhilès et Mohamed Zaâmoum sont reproduits sur le mur du lycée Hamdani Saïd du chef-lieu de la daïra, située à une quarantaine de kilomètres de la ville de Tizi-Ouzou. « De grands hommes pareils ne méritent-ils pas mieux que d’être reproduits avec de la peinture sur un mur longeant un trottoir ? », se demandent des associations, des membres de la famille révolutionnaire et autres citoyens jaloux de la sauvegarde de l’histoire de leur région. Ainsi, au lieu de rendre hommage aux héros de la Révolution, particulièrement ces cinq colonels qui ont marqué de leurs empreintes l’histoire de l’Algérie, à Draâ El-Mizan, on a préféré faire subir une seconde mort à ses hommes. Les commentaires des uns et des autres sur cette fresque, qui sera inaugurée aujourd’hui, sont à la limite de l’indignation. Pour Boussad Sadani, président du comité du village Iaâllalen, d’où est issu Krim Belkacem, premier chef historique de la wilaya III et signataire des Accords d’Evian, « un trottoir n’est pas la place idéale pour ériger une fresque à la mémoire de colonels ». « On connaît tous l’image de nos villes, notamment la saleté qui ronge les trottoirs. Ce qui nous laisse penser que, dans un avenir proche, cette place où sont reproduits les portraits des cinq colonels pourrait subir toutes sortes de dégradations », estime-t-il. Et notre interlocuteur d’ajouter : « Invités, nous avons décidé de boycotter la cérémonie d’inauguration de cette fresque». C’est le même sentiment chez la dynamique association culturelle Les Amis de Krim Belkacem de la commune d’Aït Yahia Moussa, 25 km au sud de Tizi-Ouzou. Boycottant l’inauguration, l’association se dit « scandalisée par cette atteinte à l’histoire de la région ». Pour Samir Lakrib, secrétaire général de ladite association, « les autorités locales doivent revoir leur copie et se corriger en choisissant un lieu plus respectable et clôturé, ou en songeant carrément à une stèle à la hauteur de ces hommes ». Selon lui, « l’association refuse de s’inscrire dans cette démarche et appelle les autorités de la wilaya à faire preuve de volonté pour inscrire un projet de stèle et cesser d’insulter la mémoire de nos héros ». D’autres représentants du mouvement associatif de la région, moudjahidine et membres de la famille révolutionnaire approuvent et expriment le même sentiment d’indignation en ce 1er novembre, date hautement symbolique. A l’initiative de l’association Amgud en collaboration avec les autorités locales de Draâ El Mizane, la fresque a été réalisée par des élèves de l’école des beaux-arts d’Azazga. Loin de la bonne foi dont pourrait être animée l’association, force est de constater qu’elle ignore complètement la colère et l’indignation qu’elle aura suscitées au sein de la population. Pis, « nos colonels devraient certainement se retourner dans leurs tombes à cette occasion », estime Aâmi Ali, un vieux maquisard de la région. Appelée « La zone rouge » durant les années de la guerre contre le colonialisme, l’ex-commune mixte de Draâ El Mizan fut la seule région de l’Algérie qui a enfanté 5 colonels pour la Révolution de novembre 1954. Plusieurs batailles farouches ont eu lieu dans les montagnes de cette région, dont la plus connue est celle de «Vouguerfène » sur les hauteurs du village Ighil Vir, un certain 6 janvier 1959. 385 martyrs sont tombés dans cette bataille où l’armée française avait mobilisé 20 000 hommes assistés de gros moyens, espérant mettre la main sur plusieurs hauts responsables venus de différentes régions du pays, dont le colonel Amirouche Aït Hamouda, pour une importante réunion.

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Le Maroc accuse et l’Algérie dément. Le contentieux historique entre les deux pays voisins a alimenté une polémique, qui ne cesse visiblement d’enfler. Après l’incident survenu le 18 octobre dernier sur la frontière entre les deux pays, le Maroc a classé cette affaire dans la case « provocation » et mène une campagne de dénigrement, appuyée d’une escalade verbale acharnée contre l’Algérie. La diplomatie algérienne, qui a encore réagi jeudi dernier, a estimé que l’instrumentalisation politico-médiatique de cette affaire est «insignifiante », qualifiant la réaction marocaine de « mauvaise stratégie de tension ». Le chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, a réitéré la position de l’Algérie, affirmant que son point de vue (sur cet incident) a été « dit et nous nous en tenons à cela ». « Le reste, c’est une mauvaise stratégie de tension ». Pour l’Algérie, la réaction marocaine est une « fuite en avant » qui « ne sert ni les intérêts bien compris de voisinage ni les intérêts d'aucun autre pays ». Cependant, le ministre des Affaires étrangères dira que «l’Algérie n’est pas responsable des blessures qui ont été infligées à une personne marocaine de l'autre côté de la frontière ». Ramtane Lamamra a qualifié l’attaque acharnée des responsables marocains contre l’Algérie d’« excessive et insignifiante », ce qui a donné lieu à une avalanche de commentaires « extrêmement négatifs » et « parfois malvenus » à l’égard de l’Algérie. L’Algérie a exprimé son rejet catégorique de la position marocaine concernant la réaction des gardes-frontières algériens contre la provocation d’un groupe de contrebandiers marocains. « L’Algérie avait déjà rejeté la présentation fallacieuse faite par la partie marocaine de la réaction des gardes-frontières algériens, sujets de provocation par un groupe de contrebandiers marocains, ainsi que son exploitation politico-médiatique abusive, le 18 octobre dernier », a-t-il précisé. Le ministre des Affaires étrangères n’a pas manqué cette occasion pour louer le travail accompli par les gardes-frontières et leur professionnalisme dans la gestion et la protection du sol algérien contre toute tentative d’incursion terroriste et de contrebandiers. « La réalité est qu’une patrouille de gardes-frontières, qui a été ciblée ce jour-là par des jets de pierres lancés par un groupe de contrebandiers marocains, a réagi d’une manière professionnelle, comme d’habitude, par deux tirs de sommation en l’air qui ne peuvent, en aucune manière, provoquer des blessures à une quelconque des personnes engagées dans l’acte de provocation », a-t-il souligné. Comme le veut la « tradition », le Maroc continue dans sa stratégie de provocation et d’acharnement contre l’Algérie, et ce, depuis la fermeture de la frontière entre les deux pays sur ordre du roi marocain en 1994 sous prétexte que « l’Algérie constitue un danger pour la sécurité du Maroc ».La dernière provocation en date remonte à l’année dernière. Des manifestants marocains ont pénétré à l’intérieur de l’ambassade d’Algérie au Maroc et ont arraché le drapeau algérien. Un incident survenu un 1er novembre, une date hautement symbolique pour l’Algérie.

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Par Adel Boucherguine et Imad Boubekri Le soixantième anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne a été une opportunité à certains partis et personnalités politiques pour s’exprimer au sujet du sens de cette date historique, mais aussi faire le point sur la situation actuelle du pays. Soufiane Djilali, président du parti Djil Djadid, estime que la date du 1er novembre est une « occasion pour interpeller la conscience des Algériens et spécialement les jeunes générations et pour leur rappeler combien le combat de nos aînés avait été difficile. Ils avaient réussi à relever le défi et, aujourd’hui, c’est à nous de continuer le combat et de construire un Etat de droit ».De son côté, Atmane Mazouz, secrétaire national chargé à la communication du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), a clairement déclaré que « le serment de novembre a été trahi ». « Soixante ans après le déclenchement de la Révolution algérienne contre le colonialisme français, de nouveaux colons font subir le pire traitement au peuple algérien », a-t-il déclaré. Il a, en outre, accusé le pouvoir en place d’avoir « tribalisé les institutions de la République, confisqué les libertés et détruit les espoirs ». Pour l’ancien cadre du FFS, puis du RCD, Ali Brahimi, « le 1er novembre reste un acte fondateur majeur pour les Algériens ». Selon lui, rien ne pourra diminuer de la grandeur de ce sursaut historique de notre peuple. Cependant, l’ancien animateur du Mouvement culturel berbère (MCB), regrette la situation dans laquelle se trouve actuellement le pays. « Plus d’un demi-siècle après l’indépendance, cette dernière se résume à un drapeau. L’indépendance n’a malheureusement pas donné lieu à la liberté ni au développement espérés par les Algériens», déplore-t-il. Assimilant, par ailleurs, le 1er Novembre 1954 et la conjoncture politique actuelle, M. Brahimi appelle à l’union des forces démocratiques et patriotiques. « Tout comme en 1954, les forces démocratiques et patriotiques sont mises au défi de se rassembler et de repartir à la conquête du peuple algérien en vue de se réapproprier pacifiquement son Etat et son destin », estime-t-il. Moins loquace, le Pôle des forces du changement (PFC), mené par Ali Benflis, s’est contenté de présenter ses vœux aux Algériens en souhaitant « au pays toute la réussite dans ses efforts visant à relever les défis politiques, économiques et sociaux auxquels il est actuellement confronté ».De son côté, le secrétaire général de l'Alliance nationale républicaine (ANR), Belkacem Sahli, a souligné la nécessité de s’imprégner des valeurs du 1er novembre 1954 dans toute pratique politique pour parvenir au consensus national. M. Sahli n’a, cependant, pas manqué de décocher quelques flèches en direction de la Coordination pour la liberté et la transition démocratique (CLTD). Selon lui, les partis formant cette coordination « ne font pas la distinction entre opposition et préservation des fondements de l'Etat ».Il estime que ces comportements politiques pourraient engendrer des contradictions susceptibles d'entraver le processus de consensus national. Le chargé à la communication du FLN, Saïd Bouhadja, a évoqué, pour sa part, les réalisations faites par l’Algérie, notamment au cours des dix dernières années. Les défis relevés ont placé l’Algérie dans la catégorie des « pays en voie de développement », selon lui. Il a rappelé, en outre, les réalisations de l’Algérie en matière de logements et d’emplois, mais a reconnu le retard accusé en matière de sécurité alimentaire. L’Etat algérien, selon lui, continue de jouer « un rôle de premier plan » dans le Monde arabe et en Afrique, surtout en cette période d’instabilité régionale et internationale. Au cours de la journée d’hier, le FLN a rendu public un communiqué dans lequel il a appelé « la famille révolutionnaire, les enfants de chouhada et de moudjahidine, ainsi que le peuple algérien à faire front uni pour préserver les acquis de la Nation face aux différents défis qui se posent au pays ». Il a, en outre, plaidé pour la « concrétisation du programme du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, plébiscité par le peuple afin de mener l'Algérie à bon port et faire régner prospérité, sécurité et paix sur l'ensemble du territoire national ». Il a, à cette occasion,  « exprimer sa profonde reconnaissance au moudjahid Abdelaziz Bouteflika, président honoraire du parti, qui est resté fidèle aux principes de Novembre ». Le parti, qui « se dirige à pas sûrs vers un avenir prometteur, demeure plus que jamais attaché à ses principes et à son histoire et œuvre sans relâche à condamner les pratiques coloniales viles et les crimes inhumains commis à l'encontre du peuple algérien », ajoute le communiqué du FLN. Il y a lieu de signaler qu’aucun parti islamiste n’était joignable, hier, de même qu’aucun communiqué en rapport avec le 1er Novembre n’a été rendu public par ces derniers.

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