Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
dimanche, 14 janvier 2018 06:00

Sept ans après le printemps de Jasmin : Le malaise social couve encore en Tunisie

Écrit par Rachid Bouarroudj
Évaluer cet élément
(0 Votes)

La Tunisie célèbre aujourd’hui le septième anniversaire de la révolution contre le régime policier et dictatorial de Ben Ali dans l’agitation sociale, marquée par les mêmes slogans de «travail, de liberté et de dignité » que les Tunisiens ne semblent pas avoir trouvé dans les gouvernements successifs post-Ben Ali.

A l’économie fragile, le pays renoue avec les mouvements de protestation, déclenchés, cette fois-ci encore, par l’adoption d’un budget 2018 qui a augmenté les impôts et créé des taxes, achevant un pouvoir d’achat déjà éprouvé par une importante inflation. Il augmente notamment la TVA, les impôts sur la téléphonie ou l’immobilier et certains droits d’importation, et instaure une contribution sociale de solidarité sur les bénéfices et les salaires pour renflouer les caisses sociales.
« Cela fait sept ans qu’on ne voit rien venir. On a eu la liberté, c’est vrai, mais nous sommes plus affamés qu’avant », lance Walid, un chômeur de 38 ans rencontré à Tebourba, et cité par l’AFP. C’est dans cette ville, proche de la capitale Tunis, que les heurts entre des jeunes protestataires et les forces de sécurité ont éclaté, tout comme dans plusieurs autres villes par la suite, où quelque 800 personnes ont été arrêtées. Une mobilisation sociale portée par les mêmes qu’en 2011 et qui n’ont rien obtenu comme droits économiques et sociaux. La révolution, point de départ du Printemps arabe, avait démarré par l’immolation par, le feu, le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, une ville dans l’arrière-pays déshérité, d’un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi. Un mouvement de protestation contre le chômage et la vie chère a suivi, marqué par des émeutes sanglantes qui s’étaient rapidement propagées à tout le pays. Sous la pression populaire, le président Zine el Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, avait pris la fuite pour l’Arabie saoudite le 14 janvier 2011. Si la Tunisie, unique pays rescapé du Printemps arabe, est parvenue jusque-là à faire avancer sa transition démocratique, elle reste engluée dans la morosité économique et sociale. « Les années ont passé et les citoyens sont toujours frustrés des droits pour lesquels ils s’étaient mobilisés», estime une ONG tunisienne, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), dans un récent rapport.
Le pays a gardé « le même modèle économique, avec les mêmes problèmes » qu’avant la révolution, déplore le président du FTDES, Messaoud Romdhani. « La situation ne cesse donc d’empirer ». En dépit d’avancées démocratiques, « le chômage, la misère et les inégalités sociales et régionales se sont aggravées », avertit le FTDES. L’économie tunisienne a été durement affectée par l’instabilité qui a suivi la révolution, et le tourisme, un secteur-clé, a souffert des attentats terroristes qui ont frappé le pays en 2015. L’Etat, en difficultés financières, s’est tourné vers le Fonds monétaire international (FMI) qui lui a accordé en 2016 des crédits de 2,4 milliards d’euros sur quatre ans, à condition qu’il réduise ses déficits budgétaires et commerciaux.
Le taux de croissance devrait dépasser les 2% en 2017, mais le chômage des jeunes reste très élevé, dépassant les 35% selon l’Organisation internationale du travail. De lundi à jeudi, les protestataires souvent très jeunes ont jeté pierres ou cocktails Molotov sur les forces de l’ordre qui ont riposté par des gaz lacrymogènes. Un protestataire est mort à Tebourba. Vendredi, quelques centaines de personnes ont manifesté dans le calme à Tunis et à Sfax (centre) contre les mesures d’austérité. Ils ont brandi des « cartons jaunes » en guide d’avertissement au gouvernement à l’appel du mouvement « Fech Nestannew » (« Qu’est-ce qu’on attend »), initiateur de la contestation contre la hausse des prix. La Tunisie continue néanmoins tant bien que mal à construire sa démocratie. Les premières élections municipales de l’après-révolution, maintes fois reportées et attendues de longue date pour consolider la transition démocratique, ont été programmées pour mai 2018. Les élections législatives et la présidentielle sont prévues en 2019.
Entre-temps, le président tunisien Béji Caïd Essebsi devait rencontrer hier les partis au pouvoir, les syndicats et le patronat pour discuter des moyens de sortir de la crise. Le calme est revenu globalement dans le pays depuis jeudi soir à l’exception de protestations mineures. Selon des correspondants de l’AFP, aucune manifestation n’a eu lieu dans la nuit dans la majorité des villes à l’exception de Sidi Bouzid (centre). Le mois de janvier est traditionnellement une période de mobilisation sociale en Tunisie, où le contexte est particulièrement tendu cette année en raison de hausses de prix très critiquées. 

Laissez un commentaire